jeudi 1 mai 2008

Joisten Charles (Dictionnaire historique et culturel)


Charles Joisten, né en 1936, mort en 1981, grammairien et ethnologue, est le spécialiste des traditions orales du Queyras. Il a publié, entre autres ouvrages, Contes folkloriques des Hautes-Alpes (Haute Vallée du Queyras), Paris, Edition Erasme, 1955; Contes populaires du Dauphiné, Grenoble, Musée dauphinois, 1971, 2 vol.; Récits et contes populaires du Dauphiné, I le Queyras, Paris, Gallimard, 1978.

L'introduction de cet ouvrage comprend quatre chapitres : une présentation géographique du Queyras (sans titre, dans laquelle Charles Joisten met l'accent sur l'enclavement de la vallée, l'autarcie de l'agriculture, les techniques archaïques et rudimentaires), et trois chapitres, qui portent sur la culture et l'histoire du Queyras, dans lesquels les jugements sont nuancés et plus positifs : " L'amour de l'instruction ", " Le goût pour l'écriture ", " La marque de l'Histoire ". Cette anthologie regroupe cinq contes recueillis en 1954 auprès de Pierre Rua, tailleur pour hommes à Abriès (Le Pape, Belle, née au soleil, Jean de l'Ours, Joli Coeur, le Pari) et qui sont les versions queyrassines de contes connus dans toutes les Alpes et même dans tout l'Occident. Elle comprend aussi des légendes regroupées sous les titres " des fées et des hommes ", " De sabbats en sortilèges ", " Diableries ", " A la recherche des trésors cachés ", " Revenants ", des histoires de loups; des prières et formules magiques; des proverbes, dictons, devinettes et formulettes; des compliments et chansons.

Charles Joisten, qui, pour des raisons matérielles, n'a pas inclus dans cette anthologie les légendes religieuses et les sobriquets, insiste sur la grande variété et l'étonnante richesse - en particulier, sur le plan de l'imaginaire - des traditions orales du Queyras. De ces travaux, il est possible de tirer les quelques enseignements que voici. Le Queyras, depuis la fin du XIIIe s, forme un ensemble de communautés, qui ont accédé assez tôt à la culture écrite, en français et en latin. Or, cette culture écrite n'a pas éliminé les traditions orales. Bien au contraire. Tout se passe comme si culture écrite et traditions orales se nourrissaient l'une l'autre, au lieu de s'étouffer l'une l'autre. Ces traditions orales sont communes, pour la plupart d'entre elles, ainsi les contes (dont plusieurs sont connus dans des versions écrites et littéraires), les légendes, les histoires de loups, à de nombreuses régions d'Europe. Si le Queyras forme, sur le plan géographique, un ensemble fermé ou enclavé, difficile d'accès, ses habitants, en revanche, ont toujours été ouverts aux influences extérieures, et ne se sont jamais fermés aux arts et aux traditions des autres régions de France ou d'Europe. Enfin, ces traditions orales qui ont nourri l'imaginaire de générations de Queyrassins se caractérisent par des thèmes récurrents, fantastiques ou féeriques. Elles créent un monde étonnant et attachant de fées, de démons, d'êtres surnaturels aux pouvoirs ou bienfaisants ou maléfiques, de lieux hantés, maudits ou renfermant des trésors. Ce monde de fiction, tout en paroles certes, détone si on le compare à l'identité que les érudits locaux prêtent aux Queyrassins, qu'ils présentent comme des travailleurs infatigables, réalistes, attachés à la terre, âpres, économes, ingénieux, austères. Il semble bien que l'identité des anciens Queyrassins doive être rectifiée à la lumière de ces traditions orales et qu'elle ne se réduit à celle que la littérature des érudits nous propose.

0 commentaires: