Auteur de Queyras (Images du Patrimoine, n° 133, 1994) et de plusieurs autres articles et ouvrages, Marie-Pascal Mallé est l’auteur principal d’un admirable livre, intitulé L’Habitat du Nord des Hautes-Alpes (sous-titre « patrimoine architectural et mobilier), publié par les Cahiers du Patrimoine en 1999, dans le cadre de l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, décidé en 1964 par André Malraux, Ministre de la Culture.
Le Nord des Hautes-Alpes qui a été étudié comprend les six cantons de La Grave, Le Monétier, Briançon, L’Argentière la Bessée, Guillestre et Aiguilles (canton qui correspond au Queyras).
Cet Habitat du Nord des Hautes-Alpes est un ouvrage admirable de 440 pages, abondamment et richement illustré (plans, cartes, photos anciennes, photos récentes, schémas, etc.), qui fera date dans l’histoire de la région. Il comprend, outre 400 pages d’études précises et complètes, un glossaire fort utile, une liste des documents relatifs à la région et disponibles dans les archives communales, départementales et privées, une bibliographie exhaustive, un index. Bien que l’ouvrage porte sur un sujet restreint, à savoir le patrimoine bâti et sur le mobilier, il constitue l’une des meilleures introductions qui soient à l’étude de l’histoire, de la géographie, de la vie sociale, de la « culture » et de l’art du Queyras. Rien n’a échappé à la sagacité de l’auteur. Par exemple, plus de quarante pages sont consacrées aux chapelles de hameaux et aux campaniles, aux fours à pain, aux fontaines, aux moulins, aux fruitières, aux celliers, aux cadrans solaires.
L’architecture des villages et des maisons est expliquée grâce à de nombreuses photos et schémas. Elle est aussi abordée d’un point de vue historique. Ce qui la caractérise, c’est « la disparition du bâti ancien », à la suite de catastrophes - incendies, crues, avalanches - certes, mais aussi de la pression démographique ou de l’enrichissement (relatif) des habitants, qui ont construit beaucoup de maisons pendant les périodes fastes ou transformé dans des proportions importantes ce qui existait. « L’habitat rural du nord des Hautes-Alpes, tel qu’il est parvenu jusqu'à nous, date, par construction ou par transformation, des XVIIIe et XIXe siècles ». De ce fait, les maisons que nous pouvons voir et admirer dans le Queyras et dans les cinq autres cantons étudiés ne perpétuent pas un habitat millénaire, mais ils sont le « reflet de la société montagnarde de l’époque moderne ».
Dans la conclusion, l’auteur examine de nombreuses thèses émises par des savants du XIXe et du XXe s. sur l’art de la région. Elle infirme la thèse d’un « art populaire », puisque les habitants faisaient appel à des artistes - surtout des cadraniers - ou à des artisans étrangers pour décorer ou embellir leur maison. Bien que l’on observe le recours dans le mobilier fabriqué aux XVIIIe et XXe s à des styles anciens (décors gothiques, style Louis XIII et Louis XIV), l’art du mobilier des hautes vallées n’est jamais resté immuable ; il a sans cesse évolué. Il ne mérite donc pas d’être qualifié de « traditionnel », sauf pour ce qui est des aménagements intérieurs qui, en deux ou trois siècles, ont échappé aux changements et sont restés quasiment identiques.
Bref, Mme Mallé a écrit un ouvrage qui devrait figurer dans la bibliothèque de tout Queyrassin ou de tout passionné du Queyras.
vendredi 20 juin 2008
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