




Ci-dessus l'église Saint-Romain, une vue du choeur, un tableau de crucifixion et une vue du hameau de Pierre-Grosse
La vallée de Molines et de Saint-Véran est la plus élevée de toutes les vallées du Queyras. A 2000 mètres d'altitude, les villages sont habités toute l’année, les terres (encore) cultivées et des prairies fauchées. Même par rapport aux autres vallées du Queyras, où les villages sont construits entre 1300 et 1600 m, la situation est exceptionnelle. Le géographe, Raoul Blanchard, spécialiste des Alpes, explique cela par les schistes lustrés, très tendres à Molines et à Saint-Véran et que l’érosion glaciaire a entaillés largement pour donner aux montagnes ce modelé adouci aux vastes dimensions. La vallée est donc ouverte. Comme elle est exposée au sud, il est possible, malgré l’altitude, de produire du seigle, des pommes de terre, des légumes et beaucoup de foin. L’exposition favorable explique que les températures relevées à Molines ou à Saint-Véran soient moins froides en hiver que dans les villages de la vallée du Guil, situés pourtant cinq cents mètres plus bas.
Deux torrents coulent au fond de cette vallée : l'Aigue Agnelle et l'Aigue Blanche, son affluent, qui confluent un peu en amont de Molines.
La « demoiselle coiffée »
Au-delà de l'embranchement des Prats, la route de Molines se rapproche du torrent qu’elle surplombe de plusieurs dizaines de mètres. Sur la droite, on peut voir une demoiselle coiffée ou colonne surmontée d'une énorme pierre, de 15 mètres de haut environ. Les gens du pays l'appelaient baromé (ce qui signifie homme puissant), dans leur dialecte. On connaît la formation géologique de cette curiosité naturelle. L’eau érode les terrains tendres. Une énorme pierre protège de l’érosion les parties qu'elle recouvre, si bien que celles-ci finissent par former une colonne. Au début du XIXe s, il y avait encore là cinq demoiselles coiffées, semblables à celle qui a subsisté. Elles ont perdu leur « chapeau » de pierre et l'érosion a miné peu à peu la colonne de roche tendre.
Sur la pente, il y a ça et là des rochers de grandes dimensions : ce sont des blocs erratiques, apportés par les anciens glaciers qui occupaient la vallée.
Sur la gauche, on veut voir les ruines du hameau le Serre des Chabrands (situé dans la commune de Château-Ville-Vieille). Il est inhabité depuis le début de ce siècle. Au-delà du hameau, la vallée s'élargit : commence la commune de Molines. Le paysage est typique des hautes vallées. Sur l'ubac (la rive gauche du torrent), des bois de mélèzes avec quelques prairies. Sur l'adroit, exposé au sud, quelques parcelles encore cultivées et de vastes pâturages qui s'élèvent jusqu'aux crêtes.
Molines (1780 m)
Molines doit son nom ou bien aux nombreux moulins qui fonctionnaient encore au début du XIXe siècle sur l'Aigue Agnelle et l'Aigue Blanche, ou bien au sol mou et tendre dont sont faites ses prairies.
Le village est divisé en deux parties. Sur la droite de la route, l'église avec le presbytère et le cimetière. Sur la gauche, le Serre, le centre de Molines construit sur une éminence, le nom serre signifiant "coteau", "colline", "hauteur".
L'église, consacrée à Saint-Romain, a été détruite en 1574, lors des conflits religieux, puis refaite en 1628-I635 et agrandie en 1692, puis restaurée à plusieurs reprises. La nef est à trois travées et la voûte en pierres de taille. Le choeur est orné d'une très riche décoration qui représente la théologie triomphante de la Contre Réforme catholique. Il y a un beau retable en bois sculpté orné de moulures dorées et de plusieurs tableaux représentant le Sauveur en croix. Le clocher est une tour carrée, massive, haute de dix mètres environ.
Au Serre, qui fut partiellement incendié plusieurs fois (en 1869, 22 maisons et avec leurs récoltes engrangées ont brûlé), il reste quelques vieilles maisons avec des fenêtres géminées. Sur celle de G. Eme, vibailli d'Embrun au XVIe s, on peut voir des inscriptions et des écussons, qui attestent de la puissance de l'ancien propriétaire. Après l'incendie de 1869, les maisons ont été reconstruites en pierres. Le Serre de Molines domine la vallée, ouverte et fertile : beaucoup de pâturages couvrent les pentes.
Sur le mur est de l’Office du tourisme est peint le « carré magique » célèbre : il est fait d’une grille de cinq carrés dans lesquels sont écrits cinq mots, SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS, qui se lisent de lamême manière verticalement et horizontalement et ont la particularité d’être des palindromes : ils se lisent de gauche à droite et de droite à gauche (SATOR et ROTAS ; AREPO et OPERA), TENET ayant la particularité d’être un palindrome parfait, comme LAVAL ou REVER. Ce « carré magique » qui était peint sur les murs d’une maison de Pompéi était connu dans tout l’Empire romain. Le sens en est obscur : sator signifie-t-il « semeur » ou « créateur » ? Arepo n’est pas un mot latin : gaulois peut-être ? Opera est-il l’ablatif du nom opera ou l’accusatif neutre pluriel d’opus ? Il a donné lieu à d’innombrables interprétations : chrétiennes, mystiques, ésotériques.
La principale activité du village est le tourisme, en été et en hiver. Hôtels, station de sports d’hiver, pistes aménagées.
Hameaux
La Rua - « rue » ou « route » (1704 m)
Les maisons ont un rez-de-chaussée en pierre. Les parties supérieures ou fustes sont en bois. On peut y voir quelques vieilles maisons. L’une a une belle fenêtre, qui date du XVe s, géminée et à arcs trilobés. Il en reste une autre de la même époque, avec quelques belles fenêtres sur la façade. Elle fut la demeure d’un vibailli de Briançon : Oronce Eme, dont la famille a exercé par la suite d’importantes fonctions dans le Dauphiné. Entre la Rua et Molines, beaucoup de chalets ont été construits depuis la fin des années 1960.
Gaudissard
Au-dessus, à mi pente, Gaudissard (1830 m) fut incendié à plusieurs reprises. En 1938, selon Tivollier, les maisons étaient en ruines. L’une d’elles a été restaurée et transformée en hôtel. Dans les Archives du Queyras, est relaté un fait divers dramatique. En 1688, des soldats, cantonnés à Molines, forcèrent une nuit la porte d’une maison. Ils volèrent ce qu’ils y trouvèrent, violèrent une femme et mirent le feu par imprudence à tout le hameau. Les victimes se plaignirent auprès du capitaine de la compagnie, qui les fit battre parce qu'ils accusaient ses soldats. La justice fut saisie de l’affaire.
La chapelle Saint-Simon (2190 m)
Le 6 août, cette chapelle était le lieu d'un pèlerinage. Les paroissiens de Fontgillarde, de Saint-Véran, de La Chalp se joignaient à ceux de Molines. Jean Tivollier, dans les années 1930, a assisté à l’un de ces pèlerinages annuels. Il le raconte ainsi : « La procession, partie de Molines, remonte vers les prés de Fromage éveillant l'écho par ses chants liturgiques et ses cantiques, les bannières multicolores claquant au vent; tout cela est un des charmes de cette fête. Le sermon en plein air, devant la chapelle, est bien vraiment le sermon de la montagne et ajoute au pittoresque. Après la messe, les pèlerins se groupent en famille ou en amis, sur le gazon pour le déjeuner champêtre » (Le Queyras, p 168).
J. Gondret parle aussi de la fête de Saint-Simon, en termes plus religieux : « La messe se dit de la Transfiguration avec commémoration d’un saint Pontife, les vêpres sont d’un Pontife. Puis le 28 octobre, on va de nouveau à la chapelle célébrer la messe en l’honneur des saints apôtres Simon et Jude. Telle est la pratique traditionnelle, sur laquelle on ne peut fonder aucune opinion touchant l’authenticité du saint ». L'eau de la fontaine de Saint-Simon avait, croyait-on, des vertus. Elle pouvait guérir les maladies des yeux. Gondret cite deux cas de guérison. Il fait état aussi d'un jeune homme ayant, pendant la Révolution, passé un pacte avec le démon. Il caressait les femmes qu’il croisait. Touché par le repentir, le jeune homme chercha à obtenir une absolution. Le curé de sa paroisse l'obligea à faire neuf fois de suite, la nuit, le pèlerinage à Saint-Simon. Plus tard, ce malheureux ne pouvait se rappeler ces aventures sans pleurer. Il ne retomba plus « sous la tyrannie de Satan » et vécut en bon chrétien.
Pierre-Grosse (1925 m)
Au-delà de Molines, la vallée bifurque. Vers l’est, à gauche, c’est l’Aigue Agnelle. Vers le sud, sud-est, c’est l’Aigue Blanche et Saint-Véran.
A 2 km de Molines, à partir du hameau de Pierre-Grosse, s’étend une vallée assez large, et très ensoleillée, jusqu’à Fontgillarde. Ce hameau a, dans son histoire, été plusieurs fois détruit partiellement par des avalanches, comme en témoignent les Transitons de Molines (sorte de chronique locale). On peut voir une très curieuse inscription en latin, qui révèle le goût des Queyrassins pour l’instruction et l’écriture. Il s’agit de deux phrases écrites l’une au-dessous de 1’autre et composées de cinq mots, dont la terminaison identique est disposée entre les deux 1ignes, comme suit :
PECC VIV GENER CRIM MORTE
ATOR ENS AVIT INE M
SALV MORI REPAR SANGU VITA
et que l’on peut traduire ainsi : « le pécheur en vivant a produit la mort de son crime ; le Sauveur en mourant a réparé la vie de son sang »
Le Coin (2010 m)
A la sortie de Pierre-Grosse, une route conduit au hameau du Coin, où, dans un lotissement, de nombreux chalets et villas ont été récemment construits. C’est le résultat des politiques d’aménagement (SICA habitat) conçues par Philippe Lamour dans les années 1960 et mises en œuvre d’abord à Ceillac.
Au-dessus du Coin, la crête du Clot-du-Loup sépare la vallée de l'Aigue Agnelle de celle de Peinin (commune d’Aiguilles).
Fontgillarde
Au-delà de Pierre-Grosse, la route mène, à travers de belles prairies, à Fontgillarde, le dernier hameau de la vallée, où, en hiver, le soleil apparaît peu. Mais, en été, le hameau est très ensoleillé. Incendié plusieurs fois, Fontgillarde a souvent été pillé, lors de la guerre opposant la France à la ligue d'Augsbourg, par les milices vaudoises du Duc de Savoie.
Au-delà, en direction du Col Agnel, il y avait jadis, un hameau, Costeroux, abandonné à la fin du XVIIIe s, parce qu’il était trop souvent menacé par des avalanches.
Le Col Agnel (2744 m)
Une route carrossable, dont la chaussée, longtemps dégradée, a été refaite récemment, conduit à la frontière italienne, au col Agnel, à 11 km de Fontgillarde. Le paysage est un très beau paysage d’alpages. A quelques centaines de mètres du col, après avoir passé à gué de petits torrents, on arrive au refuge Agnel, qui fait gîte d'étape. Il y avait là, jusqu’en 1920, un refuge Napoléon, qu’une avalanche a détruit.
La route, qui n’est pas déneigée en hiver, n’est ouverte à la circulation automobile qu’à la belle saison.
Ce col a été, avec le col La Croix, en dépit de l’altitude, le col le plus fréquenté du Queyras. Il permettait d'accéder à la haute vallée Varaita, ou vallée de Château-Dauphin (en italien, Casteldelphino), qui fut française et faisait partie du Grand Escarton jusqu'en 1713. A la fin du XIIIe et au début du XIVe s, c’est par le col que passaient les mulets portant le minerai de fer destiné à être fondu dans le haut fourneau de la Fusine, au pied de 1’Ange Gardien. Point de passage entre le Pain de Sucre et le pic de Caramantran, le col Agnel domine le Val Varaita, affluent du Pô.
Les sentiers
Du refuge Agnel, on se rend soit à L’Echalp ou La Monta dans la vallée du Guil, par le GR 58, qui franchit le col Vieux et passe par les lacs Foréant et Egourgéou. La Monta-Agnel est une étape du Tour du Queyras, que l’on peut continuer en prenant la direction du sud, puis de l'ouest, à Saint-Véran, puis à Ceillac, par le col des Estronques.
Au-delà de Fontgillarde, un sentier permet de faire l'ascension du Pic du Fond de Peinin, d’où l'on peut descendre vers Aiguilles par le vallon de Peinin. Toujours sur la gauche de la route, un autre sentier conduit au Grand Queyras (3114 m) ou Cime des Lausaces, et descend vers Ristolas, par la vallée de Ségure.
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