jeudi 29 octobre 2009

Protestantisme (Dictionnaire historique et culturel du Queyras)


Cf. article Neff (Félix)


A propos du protestantisme queyrassin, quelques questions restent en suspens, qu'il est possible d'exposer, mais qu'il est mal aisé de trancher. Pourquoi le Queyras est-il devenu protestant ? La question doit être posée dans la mesure où les facteurs qui sont à l’origine de la Réforme en Europe, à savoir la richesse de l'Eglise, la corruption d'une partie du clergé, l'oubli du message évangélique, étaient moins largement répandus dans le Queyras qu'ailleurs.

Le développement du protestantisme a, semble-t-il, été préparé par les hérétiques vaudois qui ont essaimé dans le Dauphiné et se sont établis dans les vallées piémontaises contigües d'Abriès et de Ristolas. Les Vaudois qui étaient appelés aussi les pauvres de Lyon étaient des partisans de Pierre Valdes ou Valdo, d'où leur nom est tiré. Comme ils pensaient que les laïcs pouvaient administrer eux-mêmes les communautés, ils refusaient d'obéir au clergé. Jugés hérétiques, ils furent pourchassés. Selon Jean Tivollier, les archives datant de 1339 attesteraient que « quelques Vaudois du Queyras furent arrêtés et renfermés au château de Briançon » (Le Queyras, tome II, p 369).

Combien de Queyrassins ont-ils adhéré à la Réforme ? Les historiens pensent que la majorité de la population a adhéré au nouveau culte. En 1660, à Abriès, dont la population atteignait près de 1800 habitants, les catholiques ne représentaient que quinze familles, soit environ de 75 à 100 personnes (moins de 10% de la population). Les autres villages étaient protestants à 80 %. Seuls les hameaux du Coin, commune de Molines, et de Souliers, commune de Château-Queyras, sont restés en totalité catholiques, ainsi que Ceillac, qui faisait partie de 1'Embrunais.

Dans quelle mesure l'adhésion au nouveau culte a-t-elle été le fait de la libre volonté des habitants ? La question doit être posée. Rappelons que les troupes protestantes étaient supérieures en nombre et qu'elles occupaient la vallée. Dans ces conditions, il est aisé de faire pression sur les hésitants et les tièdes. Quatre siècles après les événements, il est impossible de sonder les reins et les coeurs pour décider si les Queyrassins ont basculé volontairement ou non dans la Réforme. Devenue protestante, la vallée a été divisée en trois paroisses Arvieux, Molines et Abriès. C'est peu, moins que du temps où elle est redevenue catholique. Etait-ce dû au manque de pasteurs ou de temples, ou bien à la volonté de réunir les fidèles pour mieux les contrôler ?

Que reste-t-il du protestantisme ? Au XVIIIe siècle, quelques protestants, qui n’avaient pas fui à l’étranger ou qui n’avaient pas abjuré, continuaient à célébré leur culte clandestinement dans les hameaux de la commune d'Abriès et dans la vallée de Molines et d'Arvieux. Comme les autres protestants du Royaume, ils pratiquaient ce que l'on appelle le culte du désert dans une clairière ou dans une prairie retirée. Deux ans avant la Révolution, en 1787, la liberté de culte a été rétablie ; une paroisse réformée s’est reconstituée à Arvieux, avec des annexes à Saint-Véran et à Fontgillarde. Mais dans la vallée du Guil, à Ristolas, Abriès, Aiguilles, Ville-Vieille, il semble bien que le protestantisme qui fut triomphant pendant plus d'un siècle ait disparu. Dans toutes les vallées du Queyras, ont été érigés partout de petits édifices religieux, souvent très émouvants, tels des croix, des oratoires, des chapelles, lesquels sont les signes visibles du catholicisme victorieux. La question qui se pose est la suivante : ces innombrables petits édifices sont-ils les signes d'une vraie foi, libre et sereine ? Ou bien résultent-ils de la volonté des autorités de renforcer, en la rendant visible, une foi hésitante et d'effacer toute trace de déviation, qu'elle soit protestante ou révolutionnaire ?

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