lundi 18 janvier 2010

Queyras en 1882 et en 1887


En 1882, V.A. Malte-Brun publie La France illustrée, ouvrage dans lequel des dizaines de pages sont consacrées au département des Hautes-Alpes (« histoire, géographie, statistique, administration »). En 1887, l'éditeur J. Migeon publie La France, un ouvrage, lui aussi illustré et destiné au grand public, dans lequel sont recensées les curiosités des différents départements.

Dans ces ouvrages, les quelques pages consacrées aux Hautes-Alpes sont intéressantes, dans la mesure où elles révèlent la façon dont les hautes vallées étaient perçues alors et présentées aux lecteurs. Ainsi, les auteurs insistent sur l’isolement de ce département, « le moins peuplé » de France alors et ses conséquences : le développement économique y était alors entravé à la fois par une population trop peu nombreuse et surtout par l'insuffisance des voies de communication : « il y a cinq routes nationales, six routes départementales et 1225 chemins vicinaux. Aucune des rivières n'est navigable ni flottable ». En 1882, la ligne de chemin de fer reliant Gap à Briançon n’était pas encore construite. Un siècle plus tard, l'isolement des Hautes-Alpes (qui n’est plus aujourd'hui le département le moins peuplé de France) n'est toujours pas totalement brisé, bien que les spécialistes de l'aménagement prônent en vain depuis des années la construction de routes à quatre voies ou d'autoroutes reliant Gap à Briançon et à l'Italie, aux vallées de la Romanche, de l'Isère, du Rhône.

Les principales ressources des habitants étaient tirées de l'élevage, surtout celui des ovins, et de l’exploitation de quelques mines. Les auteurs de ces ouvrages notent la réduction des surfaces boisées : « Les forêts qu'il y avait autrefois ont en grande partie disparu, mais depuis une dizaine d'années des mesures ont été prises pour les reboiser ; les principales essences qui les composent sont les pins, sapins, hêtres et mélèzes ». Parmi les forêts les plus denses, sont citées la forêt de Ceillac et celle de Marassan, qui s'étend sur les communes d'Abriès et d'Aiguilles.

Selon Malte-Brun, il y a deux curiosités (ou sites pittoresques susceptibles d’attirer les touristes et dont il recommande la visite) dans le Queyras : Aiguilles et Château-Ville-Vieille. Aiguilles est « bâti en amphithéâtre sur le penchant d’un coteau au pied duquel le Guil (...). En face de ce bourg s’étend la forêt de Maressant, qui fut pendant six siècles (du XIIIe au XIXe) l’objet d’un procès entre les communes d’Aiguilles et d’Abriès. Une sentence arbitrale, confirmée par le tribunal civil de Briançon et par la cour d’appel de Grenoble a fixé pour limite une pierre dite Blanchironosus. On discute encore à propos de cette borne à Aiguilles et à Abriès » (cf. « procès entre communautés »). Château-Ville-Vieille est un « bourg de 911 habitants, divisé en deux parties. Le château s’élève sur la pointe d’un rocher que baigne le Guil. Au-dessus du portail s’élance une grande tour carrée. Ce château, d’origine féodale, passe pour être le chemin couvert de Briançon ».

Les curiosités du Queyras, recensées dans l’ouvrage de Migeon, sont plus nombreuses. Ce sont à Aiguilles une « pierre druidique connue sous le nom de Pierre Fiche » ; à Arvieux « un couvent de bénédictins tout en ruines, et inscription romaine au hameau des Escoyères » ; à Château-Ville-Vieille qui comprend deux agglomérations : « l'une, le Château-Queyras, que surplombe le fort du même nom ; l'autre, la Ville-Vieille, au confluent de l'Aigue Blanche et du Guil » ; à Molines-en-Queyras « une belle église, un pèlerinage à la chapelle Saint-Simon, située à 2200 mètres de hauteur, des aiguilles naturelles ou barêmes, terminés par un bloc marquant la hauteur du sol autrefois » ; à Ristolas « plusieurs lacs de peu d'importance » et « récemment mis au jour, un tombeau contenant des armes et divers objets celtiques » ; Saint-Véran, « le village le plus élevé de France, à plus de 2000 mètres d'élévation ».

Ce que retiennent les auteurs de ces ouvrages partiels et approximatifs et ce qui leur semble devoir être communiqué au grand public, ce sont ces curiosités, ainsi que les résultats des travaux des érudits du XIXe s. férus d'archéologie, de topographie, de toponomastique (ou étude des noms de lieu), d'épigraphie, d'inventaires. Ces travaux forment un savoir daté, qui semble être devenu désuet et qui n’intéresse plus guère les universitaires d’aujourd’hui, sauf à titre de curiosités. Dans Le Queyras, J. Tivollier cite parmi ces érudits A. Albert, J. A. Chabrand, A. de Rochas d'Aiglun, J. Roman, Tournier, Fl. Valentin.

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