dimanche 14 février 2010

Repères historiques (Dictionnaire historique et culturel)


Epoque gallo-romaine

Il semble que le Queyras était peuplé avant le début de l'époque gallo-romaine. La mine de cuivre de Saint-Véran, aujourd'hui désaffectée, était exploitée à la fin du néolithique, à l'époque dite du chalchéolithique (époque du cuivre), il y a quatre mille ans environ. A l'époque gallo-romaine, le Queyras est habité par un peuple celto-ligure (c'est-à-dire gaulois) qui est connu sous le nom latin de Quariates (prononcez kwaryatès), dont le nom moderne de Queyras dérive. Quariates est le nom que les Romains ont donné à ce peuple, sans doute à partir de leur nom gaulois, dont on pense, à juste titre, qu'il était formé sur la racine cairn, qui signifie « rochers », « amas de rochers ». Un autre mot d'origine gauloise apparaît dans les toponymes ou noms de lieux du Queyras : c'est bric, qui signifie « montagne », que l'on trouve dans Bric Froid, Bric Bouchet et dans l'étymologie d'Abriès (*ad bricos). Le nom de Quariates est attesté dans les inscriptions. Il est gravé sur l'arc de triomphe qu'a érigé à Susa (en Italie, au pied du col du Mongenèvre), en l'an 8 avant J-C., le roi Cottius, en l'honneur de l'empereur Auguste. Il apparaît aussi sur une pierre gravée, utilisée plus tard comme linteau dans une chapelle des Escoyères, hameau de la commune d'Arvieux et qui semble avoir été le lieu à partir duquel se sont faites la romanisation, puis l'évangélisation du Queyras. Sur cette pierre partiellement tronquée, on peut lire une inscription latine, dont le texte a été reconstitué et suivant lequel un dénommé Albanus Bussulus a été préfet des Quariates et des Brigiani, peuple qui vivait dans la vallée de Briançon.


Moyen Age

En 1050, le Briançonnais est donné en fief aux comtes d'Albon, dauphins du Viennois et il est intégré au Royaume indépendant du Dauphiné. Il est alors formé de cinq unités, dites « escartons », qui équivalent aux mandements : le Briançonnais, le Queyras, et trois vallées, qui sont italiennes depuis 1713, à savoir la vallée de la Doire Ripaire (Oulx, Sestrière, Exilles), le val Cluson (Pragelati, Fenestrelle), la haute vallée Varaita (Casteldelfino - en français Château-Dauphin - Pontechianale), lesquelles, réunies, constituaient le Grand Escarton. Chacun de ces escartons est composé de communautés, appelées aussi « universités ». Le Queyras en comptait sept : Ristolas, Abriès, Aiguilles, Ville-Vieille, Arvieux, Molines, Saint-Véran. En 1343, le Dauphin Humbert II, qui se trouve à court d'argent, à la suite des longues et ruineuses guerres qu'il mène contre la Savoie et de sa participation active aux croisades, vend aux communautés des cinq escartons une charte des libertés et des privilèges. En versant 12000 florins d'or et une rente annuelle de 4000 ducats d'or, les habitants deviennent « francs et bourgeois ». Des libertés publiques leur sont accordées. Ainsi, ils se réunissent librement pour délibérer de leurs affaires et élire leurs représentants, nommés « consuls ». Ils ont le droit de chasser et, en conséquence, celui de porter des armes. De fait, les cinq escartons ont longtemps formé ce que certains ont appelé (à tort) une République fédérative, qui aurait présenté des similitudes avec l'organisation démocratique des cantons helvétiques.
En 1349, les besoins d'argent du Dauphin Humbert II n'ayant pas été satisfaits, le Dauphiné est cédé au roi de France. Le Dauphiné devient alors une province, dont l'histoire se confond dès lors avec celle de la France. Dans le Briançonnais et le Queyras, les escartons sont maintenus, les habitants ayant réussi à préserver les droits et les libertés qu'ils avaient payés cher six ans auparavant et pour lesquels ils continuaient à verser une rente annuelle.


XVIe s, XVIIe s, XVIIIe s

Le Queyras est troublé par de nombreux conflits, religieux et politiques. Des partisans du lyonnais Pierre Valdo (et nommés pour cela Vaudois), qui prônait dès le XIIe siècle une réforme de l'Eglise à laquelle il reprochait de se désintéresser des pauvres, cherchent à échapper aux persécutions et, pour cela, se réfugient dans les vallées reculées des Alpes, dont, dans le Piémont, celles Pellice et de Germanasca, qui jouxtent Abriès et Ristolas. C'est peut-être sous leur influence que les Queyrassins, au milieu du XVIe s, adhèrent massivement (à 80 %, estiment les historiens) aux propositions de réforme de l'Eglise, telles que les ont formulées Luther et Calvin, et deviennent donc protestants (cf. « guerres de religion » et « protestantisme »). Des troubles ont lieu de 1557 à 1598. Episodiquement, ils se transforment en batailles rangées. Des églises et des temples sont brûlés ; des familles massacrées. L'Edit de Nantes, dit édit de tolérance, met fin aux conflits.
En 1685, à la suite de l'abrogation de cet édit (cf. « révocation »), décidée par Louis XIV, sous l'influence, semble-t-il, de Mme de Maintenon, de nombreux Queyrassins sont contraints de renoncer au protestantisme. Un certain nombre d'entre eux, 10% environ, estime-t-on, s'y refusent et préfèrent se réfugier en Suisse et dans le Palatinat, d'où certains essaimeront jusqu'aux Etats-Unis ou en Afrique du Sud (cf. « émigration » et « émigrés »). Des irréductibles continuent à pratiquer en secret, la nuit et dans la montagne, le culte interdit.
Tout au long du XVIIe s, et jusqu'en 1713 et même en 1748, la France a mené de longues guerres contre divers Etats européens ou vice versa. Lors de la guerre contre la Ligue d'Augsbourg, de 1690 à 1696, des miliciens vaudois, qui combattent pour le Duc de Savoie et qui sont nommés « Vallarins » et « Barbets » dans les archives du Queyras, franchissent à plusieurs reprises la frontière, pillent et incendient des villages, tuent des habitants, dans le but de venger les protestants victimes d’exactions. Des troupes du Roi de France ont souvent traversé le Queyras, ou y ont longuement stationné, soit dans les camps de Furfande, ou celui de Roue, soit chez les habitants. Ceux-ci sont contraints de fournir du bois, du fourrage, des céréales, des bêtes, des mulets aux armées (obligations dite de l’étape et du quartier). En 1699, une enquête publique, destinée à réviser les « feux », à partir desquels est établi l'impôt, fait apparaître un appauvrissement général des Queyrassins, ce qui a entraîné le départ de plusieurs familles vers des régions moins ingrates.
En 1713, le traité d'Utrecht modifie la frontière entre la France et le Piémont. Un tracé naturel est choisi, nommé « crête des eaux pendantes », et qui correspond à la ligne de partage des eaux. Les vallées dont les eaux coulent vers l'Est et l'Adriatique reviennent au Piémont, celles dont les eaux coulent vers la Méditerranée, à la France. Le Grand Escarton, qui est à cheval sur cette nouvelle frontière, est démantelé : les trois escartons d'Oulx, du val Cluson et de Casteldelphino, deviennent piémontais. Une grande entité culturelle et historique est détruite.
La Révolution abolit les anciennes institutions, communauté et escarton, remplacés par celles qui sont toujours en vigueur, la commune et le canton.


XIXe et XXe siècles

En 1831, on recense dans les sept communes plus de 7600 habitants. C'est sans doute le chiffre le plus élevé de l'histoire du Queyras. Depuis cette date, la population ne cesse de décliner (cf. « démographie »). En 1881, les Queyrassins ne sont plus que 5032. Aujourd'hui, leur nombre n'excède pas 2000. En un siècle et demi, la population a baissé de près de 80 %.
De 1833 à 1855, une route est construite dans la vallée du Guil, de Guillestre à Abriès. Elle remplace les antiques sentiers muletiers qu'empruntent parfois aujourd'hui les randonneurs. Entre 1905 et 1911, la portion de la route, entre Guillestre et La Maison-du-Roy, est déplacée et établie dans la falaise des Gorges, ce qui nécessite le percement de quatre tunnels. Dès lors, elle peut être empruntée assez facilement par les automobiles et les autobus. Le Queyras n'est plus isolé de la vallée de la Durance, ce qui, paradoxalement, a rendu l'exode plus facile.
Pendant la guerre de 1914-1918, plus de deux cents jeunes Queyrassins meurent au front. Le Queyras comptant 4000 habitants environ, c'est 5% de la population qui disparaît : des hommes jeunes, qui ne seront pas remplacés. Pour le Queyras, c'est une vraie tragédie qui accentue la décroissance démographique (cf. « démographie »).
Entre 1940 et 1960, le Queyras est touché par une succession de ces calamités qui ont si longtemps marqué son histoire : en 1940, occupation de La Monta, Ristolas, Le Roux par l'armée italienne ; en 1940 et en 1944, au cours des combats, incendie des villages d'Abriès, de la Monta, de Ristolas, du Roux. Près des trois-quarts des maisons de la commune d'Abriès sont détruites. En 1948, une avalanche détruit le hameau de l'Echalp, faisant plusieurs morts. En 1957, une crue catastrophique du Guil et de ses affluents détruit les routes, les ponts, emporte des maisons, des étables, des troupeaux.
En 1950, le Queyras est transformé en une « zone-témoin ». L'objectif est de rénover l'agriculture et l'élevage. Des crédits, des aides, des subventions sont attribués au Queyras. En vain. L'économie agro-pastorale sur laquelle a été fondé pendant des millénaires le Queyras est en train de disparaître et, même dans certains villages, elle a disparu.
Dans les années 1970, est créé, sous l'impulsion de M. Philippe Lamour, le Parc Naturel Régional du Queyras, qui englobe les sept communes historiques, auxquelles ont été ajoutées la commune de Ceillac, la réserve naturelle du Val d'Escreins (commune de Vars) et les Gorges du Guil, qui se trouvent sur les communes de Guillestre et d'Eygliers. La population cesse de décroître, et même augmente de façon notable, et parfois dans des proportions importantes, de plus de 50% à Abriès (cf. « mutations démographiques »). L'activité économique essentielle est devenue le tourisme. Le Queyras traditionnel des bergers, des faucheurs, des fruitières, des fromagers, des chalets d'estive cède peu à peu la place à un autre Queyras, très différent, celui des stations de sports d'hiver et des chemins de grande randonnée.

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