mercredi 10 mars 2010

Révocation de l'Edit de Nantes (Dictionnaire historique et culturel)

L'Edit de Nantes (1598) est révoqué en octobre 1685 par l’édit de Fontainebleau.

Mais auparavant, pendant près de soixante ans, il a été lentement grignoté. Après 1620, dix ans après la mort d'Henri 1V, sous la régence de Marie de Médicis, puis sous Louis XIII et Richelieu, des dispositions de l'Edit de Nantes ne sont plus respectées. Les protestants sont contraints de renoncer peu à peu à leurs droits. François Bluche, dans son ouvrage intitulé Louis XIV (Fayard, 1986), § « La persécution des hérétiques », in chapitre XXI, « Unité nationale, unité religieuse », p 598 et suivantes, étudie toutes les lois, mesures, édits qui ont précédé sous le règne de Louis XIV l’édit de Fontainebleau, qui consacre par la loi un « état de fait ». Puisque, à cette date, il est censé ne plus y avoir de protestants dans le royaume, la législation octroyée en leur faveur par l'édit de Nantes n'a plus de raison d'être. En octobre 1685, Louis XIV interdit l'exercice public de la « religion prétendument réformée » et oblige les pasteurs, qui ne se seraient pas convertis dans les deux semaines, à quitter la France. Les enfants des protestants sont baptisés, instruits et élevés dans la religion romaine et, pour recouvrer leurs biens, les émigrés bénéficient d'un délai de quatre mois. Les interdictions d'émigrer sont rappelées « à peine pour les hommes de galères et de confiscation de corps et de biens pour les femmes ».

De nombreuses mesures hostiles aux protestants ont été prises entre 1659 et 1664 : des temples ont été détruits ou fermés ; quelques clauses subsistantes de l'Edit de Nantes ont été interprétées « à la rigueur », des missions catholiques ont été envoyées dans les villes et villages restés fidèles à la Réforme, une caisse des conversions a permis d'accorder des primes aux protestants qui, en abjurant, rencontraient des difficultés d'argent, des bibles et des catéchismes ont été destinés aux protestants.

C’est en 1679 qu’ont commencé les persécutions proprement dites : peines sévères prévues contre les relaps et les apostats, abjurations réglementées de façon contraignante, suppression des chambres mi-parties des parlements de Toulouse et de Grenoble, interdiction à tout catholique de se faire protestant. En novembre, un acte royal invite les magistrats à se rendre au chevet des malades pour tenter de les convertir. Le métier de sage-femme est interdit aux protestantes. En 1681, Louvois autorise en Poitou les dragonnades : l’obligation de loger des soldats est imposée aux protestants, les « nouveaux convertis » en étant exemptés pour deux ans. En juin, le roi décide que les enfants de protestants pourront choisir le catholicisme dès l'âge de 7 ans, l’âge de raison selon l'Eglise, et que les parents n'auront pas le droit de les faire éduquer à l'étranger. En 1681 et en 1682, les dragonnades se multiplient. Les clauses de l'édit de Nantes sont appliquées de façon de plus en plus restrictive. Au cours de l’été, des temples sont démolis à raison de deux ou trois par semaine. Les bâtards de protestants doivent être élevés d'autorité suivant les principes catholiques. Toute émigration est interdite aux marins et aux artisans protestants. L'accès aux professions de notaire, procureur, huissier, sergent, assesseur et auxiliaire de justice est interdit aux protestants. Il est interdit aux protestants de quitter le royaume, les biens des contrevenants sont confisqués. Il leur est interdit de s'assembler hors des temples et sans la présence des pasteurs. Sont affectés aux hôpitaux les biens qu’ils auraient donnés ou légués aux pauvres. En mars 1682, un édit prévoit le bannissement de tout ministre réformé qui aurait reçu la conversion d'un catholique. A partir de mai, dans chaque temple est réservé un lieu pour les informateurs de la police du roi. En juin, il est décidé que les enfants des nouveaux convertis seraient instruits dans la religion catholique. En 1684, les lois se succèdent : interdiction des cultes privés ou clandestins ; interdiction faite aux pasteurs d'exercer plus de trois ans dans un même lieu ; le rythme des consistoires est réduit : ils ne peuvent être tenus qu'en présence d'un juge royal. Les protestants ne peuvent pas être choisis comme experts. Le culte réformé est interdit dans les communautés qui comprennent moins de dix familles. En 1685, la compétence des quelques magistrats réformés en fonction au parlement de Metz est limitée ; des peines sont prévues contre les pasteurs « qui souffrent dans les temples des personnes que le Roi a interdit d'y admettre » ; les Français n'ont plus le droit de se marier à l'étranger ; les lieux de culte où les pasteurs auraient célébré des mariages mixtes sont détruits ; les protestants n'ont plus le droit d'engager des domestiques catholiques ; il leur est interdit d'être clercs de juge ou d'avocat, puis le barreau leur est interdit. Ils ne peuvent pas assister au culte en dehors du bailliage de leur résidence. Il leur est interdit de prêcher, d'écrire des oeuvres de polémique, de publier des ouvrages de théologie. La profession de médecin leur est interdite; les pasteurs ne peuvent demeurer à moins de six lieues des endroits interdits de culte. Les enfants de protestants ne peuvent avoir pour tuteurs que des catholiques. La moitié des biens des émigrés est dévolue à leurs dénonciateurs.

En 1665, dans le Queyras, près de deux cents chefs de famille ont abjuré, faisant de fait renoncer leur famille à la Réforme : « De nombreux missionnaires catholiques avaient été envoyés dans le Queyras ; secondés par les curés, par le pouvoir royal et par l'appât des avantages que l'on faisait aux convertis, ils eurent quelques succès » (Tivolier, Le Queyras, op cité, p 387). Au grand dam de ses co-religionnaires, un pasteur d'Abriès revient dans le giron de l'Eglise. En 1681, les deux consuls d'Abriès qui, depuis un siècle, étaient choisis parmi les protestants sont à nouveau catholiques.

Quatre ans plus tard, en 1685, les temples du Queyras sont rasés. Les pasteurs d'Arvieux et d'Abriès préfèrent s'expatrier plutôt que d'adjurer. De nombreux fidèles les suivent. C'est le début d'une importante émigration de Queyrassins vers la Suisse protestante et vers le Palatinat en Allemagne. Des protestants du Dauphiné, venant de Veynes, de Gap, d'Embrun, traversent le Queyras pour gagner la Suisse par les vallées vaudoises du Piémont et en essayant d'éviter la très catholique Savoie. En août et en septembre 1685, un régiment cantonne dans le Queyras. Les soldats ont reçu l'ordre de faire abjurer la population. Il suffit que le fidèle se signe dans une église pour que la conversion soit établie. Selon l’abbé Pierre Berge : « Certains protestants feignirent la conversion, mais au moment propice ils préférèrent abandonner leurs biens et s'expatrier plutôt que de pratiquer la religion catholique à laquelle ils n'avaient adhéré que de bouche et sous le coup des menaces » (cité par E. Bellon, in Dispersés à tous vents, p 39).
En octobre 1685, quand l'édit de Nantes est révoqué, des troupes sont maintenues dans le Queyras. Leur entretien est mis à la charge des habitants. L'église Saint-Pierre d'Abriès est restaurée, agrandie, embellie. De plus en plus nombreux sont les protestants qui choisissent d’émigrer. Entre 1685 et 1690, quelque trois cents personnes partent d'Abriès pour s'établir en Suisse ou en Allemagne. Souvent leurs biens sont confisqués et donnés à ferme à de bons catholiques.

Au XVIIIe s, il reste quelques protestants dans les hameaux d'Abriès et dans la vallée de Molines et d'Arvieux. Comme les autres protestants du Royaume, ils pratiquent leur culte dans une clairière ou dans une prairie retirée. L'Edit de tolérance signé par Louis XVI en 1787 rend aux protestants la liberté de culte.

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