mardi 18 mai 2010

Ristolas (Dictionnaire historique et culturel)


Ristolas

D'Abriès à Ristolas, la route, prenant la direction du sud-est, suit le Guil, sur la rive droite. La rive gauche est couverte de forêts de mélèzes (bois de Jassaygue). Au pied de la pente, passe un chemin assez large et ombragé en été et qui, de Ville Vieille à Ristolas, sert en hiver de piste de ski de fond. Sur la carte de Cassini (XVIIIe s), il est désigné sous le nom de « grande route du Piémont ». Sur la rive droite, à mi pente, un sentier relie Abriès à Ristolas. Il passe dans les hameaux du Petit Varenc (ou Patarel) et du Varenc (1840 m), sis dans la commune d’Abriès. Le Varenc, abandonné en 1860 et dont la dernière maison s'est écroulée un siècle plus tard, a été au XVIIe et XVIIIe s. le berceau de la famille Aviény, dont plusieurs membres ont émigré vers le Palatinat après la révocation de l’Edit de Nantes. En 1665, Jean Aviény, qui acheta des terres à Abriès, était docteur en droit et en médecine. La possession de ces deux grades, très rare alors, confirme que les Queyrassins avaient atteint un haut degré d’instruction. Jean Aviény resta dans le Queyras jusqu'à sa mort, mais ses fils, qui avaient refusé d’abjurer, émigrèrent.


Ristolas (1600 m) est la commune la plus étendue du Queyras. Elle compte 8336 hectares contre 7540 à Arvieux, 7508 à Abriès et 3970 à Aiguilles. Une partie de son territoire est une vaste réserve de chasse, dans laquelle on compte de nombreux troupeaux de chamois et aussi des mouflons. C'est aussi la commune la moins peuplée du Queyras : il y a une soixantaine d'habitants à l'heure actuelle, alors qu'en 1763, elle comptait près de neuf cents habitants.

Ristolas se trouve sur la rive gauche du Guil. Il est bâti sur le cône de déjection du torrent de Ségure qui le divise en deux parties : le groupe principal, où se trouve la Mairie, et les Maisons-Neuves, sur la rive gauche du Ségure. La carte de Cassini (XVIIIe s) fait était d’un hameau sur la rive droite du Guil, en face de Ristolas, nommé « Dela l'Aigue ».

L’histoire du village est ponctuée de calamités comme les autres villages de la vallée du Guil. Les crues ont dévasté les prairies et emporté des maisons en 1408, 1469, 1728, 1957. Au XVe siècle, des digues ont été construites pour éviter que le village ne soit submergé par le Ségure. Mais les crues, trop violentes, emportèrent les digues. En 1631, la peste décima le village, où « il ne resta plus que neuf hommes mariés ». Cette épidémie fit aussi des victimes dans le Queyras, où, selon Jacques Gondret, « 1123 personnes périrent du fléau ». Une chapelle fut édifiée aux Maisons-Neuves en l'honneur de Saint-Roch, « protecteur des pestiférés » et le jour de la Saint-Roch fut longtemps fêté avec ferveur.

Construit près de la frontière, Ristolas a été pillé et incendié en 1690 et 1691. En 1800, le Marquis d'Angrogne pénétra avec des troupes dans le Haut-Guil et pilla le village. L'église, consacrée à Saint-Marcellin, se trouve dans la Ville. La date de 1475 était gravée sur un linteau, mais des remaniements et des restaurations lui ont fait perdre son aspect originel.

Au début des années 1990, quelques habitants vivaient de l’élevage. Les énormes fermes, qui sont nombreuses dans le village, ont été construites après 1945, grâce aux dommages de guerre versées par les Allemands et les Italiens pour compenser les destructions de 1940 et 1944. Aujourd’hui, beaucoup de ces fermes sont aménagées en hôtels, gîtes ou centres de vacances. Comme les autres communes agricoles du Queyras, Ristolas vit surtout du tourisme.


La vallée de Ségure

Le sentier qui conduit au Pic de Ségure part du haut de Ristolas en direction du sud-ouest, puis du sud, au-dessus du torrent de Ségure. La rive gauche, très abrupte, est aussi très ravinée. Au-delà des crêtes, s'étend la vallée de Peinin (commune d'Aiguilles). La rive droite est boisée. Le sentier sort du bois, s'infléchit vers le sud-est pour atteindre les lacs Lacroix (2400 m). Un sentier sur la gauche permet d’accéder au Pic de Ségure. Le sommet (2980 m) est d’accès facile. La vallée est entourée de crêtes élevées. Celles de la rive droite - Pics de Maloqueste (2610 m), de Chabrière (2820 m), de Ségure (2980 m) - la séparent du vallon de Foréant et d'Egourgéou. Au fond de la vallée, la crête des Fonzes, la Cime des Lausaces ou Grand Queyras (3114 m) et la crête de Caramagne, percée par le col de Ségure (2787 m) et la Brèche de l'Aiguillette (2922 m), séparent Ségure de la vallée de l'Aigue Agnelle (Molines et Fontgillarde).


La Monta
La Monta se trouve sur la rive droite du Guil, à 1660 m d’altitude, au pied des pentes couvertes de prairies et dominées par la tête du Pelvas (2930 m). De ce village, où Emilie Carle, auteur de La Soupe aux herbes sauvages, a occupé la fonction d’institutrice remplaçante en 1924, il ne reste qu’une maison, transformée en gîte d’étape, et l’église, le reste du village ayant été détruit en 1940 et 1944, lors des combats de la deuxième guerre mondiale (cf. « calamités au XXe s. »).
L’histoire de La Monta est jalonnée d’incendies (en 1691-92), ainsi que d'avalanches : celle de 1885 a détruit une douzaine de maisons, sur les murs desquelles il y avait de belles inscriptions.


Les sentiers
La Monta est maintenant une étape dans la traversée du Queyras par le GR 58. On va d'Abriès à La Monta par Valpreveyre, la colette de Jilly, la crête de Jilly, la montagne de Peyra Plata. De La Monta, on rejoint le refuge Agnel par l’Echalp et le col Vieux.

Vers le Pelvas (2930 m)
A La Monta, prendre le GR 58 qui traverse les prairies et le bois du Châtellard jusqu'à la crête, dite montagne de Peyra Plata (2643 m). A la crête, on laisse le GR 58 qui continue vers la collette de Jilly et on oblique vers la droite, en direction du nord-est, pour commencer l'ascension relativement facile du Pelvas, désigné parfois sous le nom de Tête du Pelvas.

Vers le col La Croix (2300 m).
A l'est du hameau, prendre le sentier qui s'élève dans les alpages, puis longe le bois du Châtellard, suit le torrent de la Combe Forelle, passe devant le refuge Napoléon, construit en 1857 grâce à un legs fait par Napoléon 1er au département des Hautes-Alpes pour remercier la population de l'accueil favorable qu'elle lui a fait à son retour de l'île d'Elbe.
Le sentier du col La Croix était la « grande route du Piémont » sur la carte de Cassini. Il était très fréquenté. De nombreux Piémontais allaient au marché d'Abriès et de là, dans tout le Queyras, alors que, en hiver, les bergers queyrassins conduisaient par le col leurs troupeaux dans les plaines du Piémont. Des voyageurs ont trouvé la mort en hiver sur ce sentier. En 1730, trente personnes ont péri dans la montagne. Aussi les habitants d'Abriès ont-ils longtemps demandé la construction d'un refuge, ce qui ne se fit que très tard, car on redoutait qu'il ne serve aux Vaudois ou aux contrebandiers.

Plusieurs projets ont été élaborés pour faire de ce col une voie de communication entre la France et l'Italie. On projeta d'y faire passer une ligne de chemin de fer qui aurait relié Marseille à Turin. Mais cela n'a pas abouti. Dans les années 1920 il fut question encore d'y percer un tunnel et d’y aménager une route carrossable. Le général Guillaume, dans Le Queyras, (pp. 119-194) fait un état très précis de ces projets.

A un peu plus d'une heure du col, sur la droite, le Mont Parroussin (2677 m), d’accès facile. Du col, on descend vers le Val Pellice où se trouve le refuge Jervi et d’où on revient en France vers Valpreveyre, Abriès ou Le Roux, par le col d'Urine ou le col Malaure. On peut aussi accéder au col La Croix par l’Echalp, hameau qui se trouve à 2 kilomètres de La Monta.


L'Echalp

C'est le dernier hameau de la vallée du Guil, à 2 km environ de la Monta et à 1690 m d'altitude. Au-delà de l'Echalp, la vallée prend la direction sud, sud-est. « Echalp » est un nom fréquent, sous la forme « échalp » ou « chalp », dans les Alpes et dans le Queyras : La Chalp d'Arvieux, La Chalp de Saint-Véran. « L’Echalp » semble être une déformation du pluriel « Les Chalps », qui signifie « champs en pente » ou « landes » ou « pâtures ».

L'histoire du hameau est ancienne, puisqu'on y a trouvé une sépulture d'époque gauloise, et elle est assez semblable à celle de La Monta : incursions de Vaudois, qui ont pillé le hameau en 1691-92, et avalanches qui ont détruit plusieurs maisons ; ainsi, celles de 1885 et de 1948. Aujourd'hui, le hameau n'est plus habité sauf en été. Des fermes ont été transformées en résidences secondaires.


Les sentiers

Vers le col La Croix (2300 m), à un peu plus d’une heure de L'Echalp. Le sentier qui traverse la forêt finit par rejoindre, un peu avant le col, le sentier de La Monta.

Vers le col Vieux et le refuge Agnel. On traverse le Guil, pour retrouver le sentier de La Monta qui permet d’atteindre les lacs Egourgéou et Foréant et qui, après le col Vieux, rejoint la route du col Agnel. C'est l'étape du GR 58 entre La Monta et le Refuge Agnel.

Au-delà de l’Echalp, à peine le Guil franchi, c’est, sur la rive gauche, le lieu-dit « la Roche écroulée », formée, à la fin du XIXe s., par un effondrement de la falaise. Quelques-uns de ces rochers servent aujourd’hui d’école d’escalade.
Un peu plus loin, au-delà du parking, la circulation est interdite. A droite, commence le sentier écologique du Pré Michel aménagé par les techniciens du Parc Naturel Régional (cf. « paysages »). En continuant le sentier, on atteint le belvédère du Mont-Viso, le refuge du Viso, le lac Lestio, les sources du Guil, le col de la Traversette où, au XVe s., a été percé un tunnel et dont parlent les auteurs queyrassins.

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