Pendant des siècles, jusque dans les années 1850, le Queyras a été dépourvu de chemins carrossables. Cette situation n'était pas exceptionnelle dans les Alpes. Alors, les vallées étaient reliées les unes aux autres par des sentiers, dont certains étaient empierrés et le sont restés, qu'empruntaient hommes et bêtes de somme, mulets, mules, ânes, chevaux : d'où le nom de « sentiers muletiers » qui y est donné.
A l'époque gallo-romaine, on accédait aux Escoyères, le centre du Queyras, par deux sentiers qui évitaient les Gorges du Guil : l'un à partir de Guillestre, l'autre d'Eygliers. Le second, qui empruntait la rive droite, est, semble-t-il, le plus ancien. Il part d'Eygliers, jusqu'aux hameaux de Gros et de Pra-Riont. Ensuite, il s'élève dans la forêt, passe aux Girards, à Chaston, à Villeneuve, atteint le col Garnier (2280 m) ; et de là, dans le vallon de Furfande, situé dans la commune d'Arvieux, et aux Escoyères. Cet antique sentier est aujourd'hui le GR 541 ; le sentier de grande randonnée, qui rejoint le GR 58 puis le GR 5.
Le sentier de la rive gauche s'élève dans la montagne de Guillestre jusqu'à « la Viste » (ou, en français, « la vue »), d'où l'on a un admirable point de vue sur la vallée de la Durance et les Gorges du Guil. Ensuite, il descend vers la Maison-du-Roy par des degrés creusés dans le rocher. Le passage, nommé les Tourniquets, était très dangereux en hiver. Les muletiers étendaient des couvertures sur la glace de peur que leur bête ne glisse pas dans l'abîme proche. Après le pont de pierre (construit en pierres en 1460), la route actuelle suit le fond de la Combe. L'ancien sentier était au-dessus, à mi pente, et franchissait à plusieurs reprises le Guil, passant d'une rive à l'autre, pour éviter les endroits trop dangereux, dont, à quelques kilomètres en amont de la Maison-du-Roy, le sinistre « pas de la mort », où les voyageurs s'exposaient, par temps de pluie ou lors des périodes de dégel, aux avalanches ou aux chutes de pierres.
En 1783, selon le curé Albert, il y avait une vingtaine de ponts sur le Guil. Sur la carte du Dauphiné, établie par Jean de Beins en 1633, sont représentés huit ponts entre la Maison-du-Roy et l'Ange Gardien. A la fin du XIXe s, il n'y en avait plus que six. Des piliers subsistent en aval de l’Ange Gardien.
Sentiers et ponts étaient souvent endommagés. Sous l'Ancien régime, l'entretien des sentiers et des ponts dans la Combe était la cause de nombreux différends entre les communautés du Queyras et celles de Guillestre et d'Eygliers, Il faut comprendre pourquoi. Le sentier se trouvait sur le territoire des communautés de Guillestre et d'Eygliers mais il était surtout emprunté par les Queyrassins, qui, à plusieurs reprises, ont mis en demeure les communautés de Guillestre et d'Eygliers et les autorités de réparer le sentier et les ponts, comme en témoignent les archives du Queyras : « 1750 : requête au ministre, marquis d'Argenson, afin d'obtenir des secours pour rétablir les ponts de la Combe emportés. Cette Combe est dangereuse... Sept ou huit fois dans l'année, on est obligé d'y envoyer 80 hommes pour réparer les chemins afin de pouvoir tirer de dehors le nécessaire tant pour la garnison qui est dans la vallée que pour ses habitants » (cité par Tivollier, Le Queyras, II, p 331).
Ces problèmes de voirie se posent toujours dans le Queyras, à la fin de chaque hiver, après une crue ou une avalanche, où il faut dégager la route, la réparer, refaire une digue. La terrible crue de 1957 a emporté d'importantes portions de la route et de nombreux ponts.
Les travaux visant à pourvoir le Queyras de routes carrossables ont commencé en 1833. La route a été inaugurée à Château-Queyras en 1855. Une gravure, reproduite dans Le Queyras du général Guillaume, a été faite à l’occasion pour immortaliser l'événement. Six ans auparavant, en 1849, des voitures tirées par des chevaux ont circulé pour la première fois entre Ville-Vieille et Abriès. Il a fallu huit ans, de 1845 à 1853, pour construire la route de Ville-Vieille à Saint-Véran. En 1852, la route d'Arvieux a été inaugurée ; en 1903, celle du Roux d'Abriès ; en 1911, celle des Meyriès. En 1864, de nouveaux travaux ont été entrepris pour déplacer la route entre Aiguilles et Ville-Vieille sur la rive droite du Guil, où elle se trouve toujours.
Jusqu'en 1911, la route du Queyras était tracée à la sortie de Guillestre, jusqu'à la Maison-du-Roy, sur l'antique sentier. Pour éviter les tourniquets et permettre la circulation des automobiles, uns nouvelle route a été construite plus bas, dans la falaise, ce qui a nécessité le percement de quatre tunnels. Au XXe s, d'autres routes ont été construites : celle du sommet Bucher, celle du Col Izoard, celle des Escoyères (le chemin carrossable a été aménagé en 1967 par les résidents eux-mêmes), celle du Col Agnel (route touristique, ouverte l'été seulement, inaugurée récemment). A cela, il convient d'ajouter le vieux projet, véritable serpent de mer, de route et de tunnel sous le col La Croix, afin de relier le Queyras aux vallées piémontaises proches.
Ces travaux, qui durent depuis plus d'un siècle et demi, ont brisé peu à peu l'isolement du Queyras. Les relations économiques avec la vallée de la Durance et le reste de la France se sont intensifiées au détriment des relations traditionnelles avec les vallées piémontaises, qui ont décliné et presque quasiment cessé à une date récente. De plus, la construction des routes a eu des effets sur l'activité. Au XIXe s, dans les villages, des artisans fabriquaient des robes, des coiffes, de la dentelle, des ustensiles de cuisine, pour satisfaire les besoins des habitants du Queyras. La route a permis d'introduire des produits manufacturés, moins chers, qui ont ruiné ce petit artisanat local. Outre ces conséquences économiques, la route a eu des effets sur la démographie. En 1831, le Queyras comptait 7637 habitants. Cinquante ans plus tard, en 1881, il ne comptait plus que 5032 habitants. Alors que la route était censée dynamiser l'économie de la vallée, en facilitant les déplacements, elle a aussi incité les Queyrassins à quitter leur village.
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