mercredi 27 octobre 2010

Roux d'Abriès (Dictionnaire historique et culturel)



Le Roux est construit sur un ensellement de la Montagne de Gardiole, à mi pente, au-dessus du confluent des deux torrents du Bouchet et du Golon (cf. « vallée du Bouchet »). Il fait partie de la commune d'Abriès. Longtemps, il a été le chef-lieu d'une paroisse, consacrée à Saint-Jean Baptiste et comprenant les hameaux de Pra-Roubaud, l'Alveyo, La Montette. Au XIXe s, le village comptait près de trois cents habitants. La plaque apposée devant l'église du village et commémorant les morts de la guerre de 1914-1918 comprend douze noms, ce qui donne une idée de l'importance de la population au début de ce siècle et que l'on peut évaluer à 240 habitants, étant donné que 5% de la population du Queyras - des hommes jeunes - ont été tués au cours des cinq années de guerre.

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, le village a connu deux drames : la guerre et la dépopulation. En 1940, l'armée italienne l'a occupé, des maisons ont été pillées. Les Roussins ont été contraints de trouver un refuge ailleurs, dans des villages du Queyras restés libres et jusqu'en Ardèche. En 1944, le village a été le théâtre de violents combats opposant les goumiers de l'armée du maréchal Juin et les Allemands. Une plaque apposée sur l'ancienne école en témoigne. L'armée allemande, après que l'Italie eut renoncé à la guerre, a installé des batteries de tir, à la frontière, et a détruit la moitié du village, l'église et surtout le très beau clocher, dont la flèche était haute de quarante mètres. Après la guerre, les maisons détruites du Canton Haut ont été reconstruites un peu plus en aval et un peu plus à l'Est, dans le versant de la montagne exposé aux vents soufflant de Malaure (mot qui signifie, en franco-provençal, « mauvais vents ») et nommé pour cela Malaurette.
Le deuxième drame a été l'exode rural qui s'est accéléré après la guerre.
Dans la première édition, publiée en 1964, du Queyras, le général A. Guillaume, analysant le dépeuplement qui affectait alors la haute vallée du Guil (communes d'Abriès et de Ristolas), prévoyait qu'à court terme, le village risquait de ne plus être habité que l'été et de connaître le destin qui avait été celui des Escoyères, de La Montette et de Valpreveyre. Il semble bien qu'à la fin des années 1960, la préfecture de Gap ait eu l'intention de déclasser la route reliant Abriès au village, ce qui aurait eu pour conséquence qu'elle n'aurait plus été déneigée l'hiver et plus entretenue. En 1972, seules sept ou huit personnes habitaient en permanence ce village.
A la fin des années 1970, tout a changé. Dans la troisième édition du Queyras, publiée en 1985, « revue et mise à jour », le général Guillaume écrit à la p 173 :
« Les villages de Ristolas et du Roux étaient menacés du même sort (c'est-à-dire d'abandon) malgré la reconstruction, grâce aux dommages de guerre, des maisons détruites au cours des hostilités, les maisons reconstruites étant louées aux estivants. Seul le tourisme leur redonne vie aujourd'hui ».
Il faut nuancer ce que dit le général Guillaume : ce n'est pas seulement le tourisme qui a sauvé le village, mais la création d'activités, traditionnelles ou non, qui ne sont pas qu'en partie liées au tourisme. Au début des années 1960, la famille C*, dont les ancêtres sont installés au Roux depuis plusieurs siècles, a ouvert dans sa grande ferme un hôtel, aujourd'hui fermé. En 1974, une dizaine de jeunes gens, originaires de la ville et ayant suivi des études supérieures, y ont fondé une communauté qui a duré une dizaine d'années et ont relancé une exploitation agricole, produisant du lait, des fromages, du miel. Deux familles y ont créé de petites entreprises, l'une fabriquant des meubles sculptés, l'autre des produits naturels à base de plantes. Une grande ferme de la reconstruction a été transformée en gîte d'étape. Beaucoup de jeunes gens travaillant à Abriès ou dans d'autres villages y ont acheté ou loué une maison. Le village n'est plus menacé d'abandon : de fait, il compte aujourd'hui plus de cinquante habitants permanents.
C'est dans ce village que l'écrivain, Mme Meyer-Moyne, a situé l'action d'un de ses romans, publié en 1995, Queyras Passions (cf. « écrivains du Queyras »).

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