Depuis près de quarante ans, le ski alpin est le principal facteur de la nouvelle et relative prospérité du Queyras. Les Queyrassins, toujours aussi nombreux, continuent à placer de grands espoirs dans le ski.
Le ski, qui était un moyen de déplacement en usage dans les pays nordiques, a été introduit assez tôt dans le Queyras, dès le début du XXe siècle. Les premières remontées mécaniques ont été installées, entre les deux guerres, après que les grands hôtels - dont celui d'Abriès - ont été construits. Dans les années 1960, à la suite de l'expérience tentée et réussie à Ceillac, sous l'impulsion de Ph. Lamour, les communes ont lancé des investissements, afin d'équiper les stations de remontées mécaniques (téléskis, télésièges), d'engins de damage et de tout ce qui est nécessaire à la pratique du ski. Les effets de ces décisions sur l'économie du Queyras se sont très vite faits sentir.
En 1972, le géographe J. Richez, conclut un article intitulé « rénovation rurale et tourisme, l'exemple de Ceillac en Queyras » (in Méditerranée, n° 1) : « Le bilan des actions entreprises est incontestablement positif, non seulement sur le plan de la fréquentation touristique mais aussi sur celui de la revitalisation de cette communauté villageoise et de la promotion sociale et humaine des ruraux qui ont effectivement participé à la transformation de leur commune ».
Peuvent être mis au crédit du développement du ski quatre effets que tous s'accordent à juger bénéfiques et positifs :
a) l'arrêt de la dépopulation. Entre les deux recensements de 1962 et 1968, Ceillac est la seule commune du Queyras dont la population n'a pas diminué, passant en six ans de 202 à 208 habitants. Les autres communes ont vu leur population croître à partir de 1968.
b) Dans un premier temps, le tourisme hivernal n'a pas éliminé la vieille économie fondée sur l'agriculture et qui s'est maintenue, sans se développer. Les paysans de Ceillac, tout en s'intégrant à l'économie du ski, se sont plutôt orientés dans l'élevage ovin, lequel, dans les années 1960, était alors assez bien rémunérateur.
c) A Ceillac, sont apparues de nouvelles professions. En six ans, de 1962 à 1968, 65 emplois ont été créés. Parfois, c'étaient des emplois saisonniers. Mais tous étaient divers : 21 emplois de moniteurs de ski et de perchmen, 14 dans les hôtels et les bars, 7 dans la construction, 16 dans les commerces, 4 au fonctionnement du SIVM, 3 dans les services publics. Autrement dit, l'économie des villages, jusqu'alors essentiellement primaire, s'est diversifiée en développant des activités tertiaires.
d) Enfin, le village s'est transformé et, objectivement, embelli. Des chalets neufs ont été construits ; les vieilles maisons restaurées ; les dégâts causés par les inondations de 1957 réparés.
A partir de ce constat, J. Richez en 1972 proposait que le développement du Queyras se fît autour de trois pôles :
- les activités traditionnelles : élevage, exploitation forestière, travail du bois ;
- la création d'une très grande station de ski « de classe internationale », ce qui impliquait que le réseau routier fût amélioré ; la création d'une liaison avec l'Italie par le col La Croix ; l'aménagement du site de Valpreveyre (commune d'Abriès) dont les ubacs, exposés au Nord, sont propices à la création de pistes de ski ; l'établissement de nouvelles remontées mécaniques ; la multiplication des hôtels, gîtes, chalets, villages de vacances ;
- et parallèlement, la sauvegarde du milieu naturel par la création du Parc Naturel Régional du Queyras, dont le projet était alors bien avancé.
A la lecture des propositions de M. Richez, on constate qu'en 1972, de nombreux experts, économistes et géographes, comme presque tous les Queyrassins, pensaient qu'on sauverait les hautes vallées de la désertification annoncée grâce au ski alpin. Les grands espoirs qu'ils y plaçaient n'étaient pas infondés, mais ils n'ont pas été entièrement réalisés.
Essayons de comprendre pourquoi. En 1992, le Queyras comptait huit stations villages, 47 remontées mécaniques dont 6 téléportées et 265 hectares de pistes. La Société d'Economie Mixte ou SEM qui exploite les remontées mécaniques employait 110 saisonniers et 6 permanents. Le chiffre d'affaires est légèrement supérieur en année normale à 11 millions de francs. A titre de comparaison et pour relativiser l'importance du domaine skiable queyrassin, rappelons que la seule station de Vars compte 33 remontées mécaniques et 160 hectares de pistes et que, à l'échelle de certaines stations d'Isère, de Savoie ou de Haute-Savoie, Vars ne fait pas figure de grande station, ni d'usine à ski. La SEM (Société d'Economie Mixte), qui, de 1987 à 2002, a exploité les remontées mécaniques du Queyras, a été en 1993 en situation de dépôt de bilan et, sans l'aide des collectivités publiques, elle aurait sans doute cessé ses activités bien avant 2002.
Ces problèmes montrent à quel point le développement économique fondé sur le ski et le seul ski est, hélas, fragile.
Les causes en sont diverses. La première raison - qui est, semble-t-il, déterminante - tient au climat exceptionnel, à la fois sec et ensoleillé, dont jouit le Queyras, de sorte que l'enneigement, même s'il y est souvent important, à condition que souffle la Lombarde, ce vent du Piémont qui rabat vers le Nord Est les dépressions qui naissent dans le Golfe de Gênes, y est aussi irrégulier. La durée moyenne d'ouverture des stations a été en 1986 de 100 jours ; en 87, de 74 jours ; en 88, de 84 jours ; en 89, de 26 jours (3 à Saint-Véran, la station de Ville-Vieille restant fermée) ; en 90, de 42 jours ; en 91, de 79 jours. En 1989, le déficit d'exploitation s'est élevé à plus de six millions de francs ; en 1992, à près de 1,5 million de francs.
La deuxième raison tient à la situation du domaine, qui n'est pas d'un seul tenant, mais morcelé, ce qui alourdit le coût de l'exploitation des pistes, et au fait que les stations, étant en concurrence les unes avec les autres, ont dépensé des sommes importantes pour s'équiper à partir de 1984, insuffisantes, hélas, pour changer les installations anciennes qui deviennent vétustes.
La troisième résulte d'une hésitation bien compréhensible qui a affecté les décideurs, élus et même citoyens, entre deux projets de développement : ou bien des stations villages à dimension humaine, plutôt familiales, et une très grande station, unique, à l'instar du complexe Vars-Risoul ou des grandes stations des Alpes du Nord. De toute façon, que le Queyras soit un ensemble de stations villages ou une usine à ski, si la neige tarde ou ne tombe qu'en avril, les skieurs ne viendront pas.
On comprend pourquoi tous ceux qui exercent une responsabilité dans le Queyras ont essayé de sortir, dès les années 1970, de la monoculture du ski alpin en développant l'hiver le ski de fond (et le ski de randonnée, lequel ne touche qu'un nombre restreint de pratiquants) et surtout le tourisme d'été, fondé sur les activités de sports et de loisirs, telles la randonnée pédestre, le VTT, le canoë, le kayak, le rafting, et en incitant les Queyrassins à se livrer à la pluri-activité ou à la redécouvrir, car, longtemps, ce fut une spécificité du Queyras, c'est-à-dire ou bien en exerçant simultanément deux activités (ou plus de deux), ou bien en changeant d'activité suivant la saison.
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