Les inégalités qui caractérisent la société féodale sont juridiques et économiques. Au Xe s, la société est divisée en francs et en serfs. Peu à peu, le servage disparaît.
Dans le Dauphiné, au XIIIe s, elle est remplacée par l'opposition affranchis vs hommes liges. Les affranchis sont peu nombreux. Ceux sont dispensés de la taille arbitraire (ainsi les habitants d'Abriès grâce à la charte de 1282) sont dits franchiti a tallia. La quasi totalité des Queyrassins sont dits ligii et quitii - donc dépendants. Liges est un terme féodal qui s'applique aux nobles qui se déclarent vassaux d'un plus grand seigneur. Le terme est étendu aux paysans qui sont hommes liges du Dauphin. Mais il ne désigne pas le même lien suivant qu'il est appliqué aux nobles et aux paysans. Les rites d'hommage et de fidélité auxquels sont tenus les paysans diffèrent de ceux des nobles : le baiser se fait non sur la bouche (signe d'égalité) mais sur le pouce, signe de déférence et de soumission, « à la plébéienne ». Les charges qui pèsent sur les hommes liges, en particulier la taille a merci confirment que leur statut juridique est inférieur. Le passage de la taille arbitraire à la taille réelle (par abonnement) dans les chartes de franchise transforme les hommes liges en fidèles. Les hommes liges sont liges de naissance et le statut est héréditaire : le seigneur peut les vendre, les échanger, les donner parfois avec la tenure. Quelques droits leur sont reconnus : fonder une famille, engager leur fidélité à un seigneur, prêter serment avant déposition, posséder un patrimoine, mettre leurs biens en communauté, acheter des terres, les transmettre à un héritier. C'est un statut vil et dégradant, même s'il est différent de celui de serf.
Les inégalités sont aussi socio-économiques. Les enquêtes de Pragelas (qui forme un seul manse) montrent que 111 exploitations s'étendent sur 255 ha et que la superficie moyenne est de 2,3 ha, l'exploitation la plus vaste dépassant 8 ha, la plus petite 15 ares. Les plus riches exploitent plus de 4 ha : ce sont 11,7 % des tenanciers et leurs exploitations représentent 26,8 % des terres. Chez les plus riches, les prairies représentent 30 % de la superficie exploitée. Ils paient le cens le plus élevé ; ils possèdent un attelage de labour à la différence des brassiers qui cultivent la terre à la houe ou à la pioche. Au fil du temps, les pauvres s'appauvrissent, la minorité de riches devient plus aisée. C'est dans ces familles que l'on compte le plus d'affranchis : en payant, ils s'affranchissent de la taille a merci.
Aux Xe et XIe s, seule paraît exister dans le Dauphiné la cellule familiale étroite. Au XIIe s et au début du XIIIe s, cette structure semble s'élargir par l'accueil de frères, soeurs ou parents proches isolés et par l'association à la famille d'individus ou de familles étrangères mais voisines (les pariers) pour exploiter un manse ou une chabannerie, cette évolution ayant été favorisée par la croissance démographique, par l'impossibilité d'accroître l'espace agraire, par la paupérisation des campagnes. Au XIIIe s, la famille étroite reste au coeur de la société paysanne. Les structures familiales élargies constituées au XIIe se démantèlent. Les indices en sont l'habitat individuel et la possession personnelle des terres.
Lors de l'enquête de 1249-50, les bayles et les mistraux fournissent les documents écrits : ce sont ces officiers locaux du Dauphin qui apportent leur témoignage oral, les paysans ne participant pas à l'enquête. En 1260, un témoin principal répond sous serment ; ses dépositions sont confirmées par d'autres témoins. Des rustres collaborent à l'enquête. Ils forment une minorité et ils ne représentent qu'eux-mêmes. En 1265, de nouvelles procédures sont adoptées. Les témoins sont des délégués, élus ou choisis, des communautés. Au fil des enquêtes, les représentants du monde paysan apprennent à mieux connaître le mode d'exploitation et la structure de la seigneurie qu'ils subissent. Les élus sont choisis parmi les anciens (âge moyen 40 ans) dans les couches moyennes et supérieures de la paysannerie (les paysans les plus aisés) : beaucoup sont des tenanciers de moulins ou des forgerons.
La culture villageoise se caractérise par les traits suivants : l'analphabétisme (mais les paysans sont fascinés par les documents écrits) ; le recours à la mémoire collective ; un temps flottant, mal fixé, qui est le reflet des incertitudes de la mémoire ; peu de souci pour les paysages ; aucune description du relief ; seul intérêt pour les terres et ce qu'elle produisent ; le sentiment d'appartenance à hameau ou à un village et à un petit pays, l'espace vécu étant clos et restreint. La distance entre les groupes sociaux est faible. Comme les paysans, les nobles sont analphabètes ; ils font appel à la mémoire visuelle (à ce qu'ils ont vu), à la mémoire collective. De ce point de vue, la société, bien qu'elle soit inégalitaire, est très homogène.
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