Souliers (vallée de), commune de Château-Ville-Vieille
La vallée de Souliers a été creusée par un torrent, dit torrent de Souliers, qui se jette dans le Guil en aval de Château-Queyras, et que la route franchit dans le dernier lacet avant le Coulet. Au confluent des torrents de Péas et de Souliers, se trouve la ferme du Clot du Rif (ou Clot du Riou), disposant d'une chapelle privée. L’ancien propriétaire, le docteur Maritan, l'avait entourée dans les années 1910-1920 de pierres, qu'il allait chercher dans le torrent proche et qu'il choisissait en fonction des ressemblances plus ou moins parfaites qu'elles présentaient avec des sites connus, tel le Mont Viso, ou des statues célèbres - tel le Sphinx.
Le Camp de Roue
Du Clot du Rif, un sentier conduit à un plateau couvert de belles prairies, qui s'étend entre les vallées d'Arvieux et de Souliers. C'est là que se trouve le lac de la « Motte tremblante » ou lac de Roue (1830 m). De là, on peut se rendre aux hameaux du Pasquier (commune d’Arvieux) et des Maisons par un chemin carrossable. Du plateau de Roue, on a une très belle vue sur la vallée du Guil et sur celle d’Arvieux. C’est peut-être pour cette raison que le maréchal de Berwick y fit cantonner ses troupes, de 1710 à 1713, pendant la guerre de succession d’Espagne, afin de faire face à d’éventuelles incursions des troupes du Duc de Savoie. Pour alimenter ce camp, on creusa un canal, qui prend son eau dans le torrent de Souliers et arrose encore les prairies d'Arvieux. Les sept communautés durent fournir à l’armée du fourrage, du blé, du bois, des mulets pour transporter le ravitaillement. Parfois, les soldats étaient logés chez les habitants. A ces charges s'ajoutaient les pillages effectués par les soldats savoyards. Aussi le Queyras, qui souffrit des guerres du XVIIe siècle, accueillit-il avec soulagement la paix qui suivit le traité d'Utrecht en 1713 (cf. « repères historiques » et « escarton »). Le camp de Roue, qui fut celui de Berwick, est parfois confondu avec celui de Catinat, qui commanda les troupes françaises dans le Briançonnais à la fin du XVIIe s. et qui avait fait cantonner ses soldats dans les alpages de Furfande (Arvieux).
Souliers (1613 m)
Le nom « souliers » (« Solers » et « Solerii » dans les archives) est dû à l'exposition exceptionnelle du hameau, qui est inondé de soleil toute la journée. Deux des trois quartiers sont en ruines. Il ne reste plus que le quartier de Saint-Pierre.
De Souliers, part un sentier, dans la direction du nord, qui, après le col Tronchet, oblique vers l'ouest pour rejoindre la route du col Izoard. Avant d'obliquer vers l’Izoard, le sentier bifurque. A droite, un sentier conduit vers le lac du Poët ou lac de Souliers, qui est entouré de crêtes élevées, dont celle de Côte-Belle (2638 m). Le lac de Souliers était, pendant les périodes de sécheresse, un lieu de procession. Il est aussi connu pour ses légendes. On en citera deux. Un berger avait l'habitude de chevaucher son bélier. Un jour, la bête et son cavalier s'abîmèrent dans les eaux du lac et disparurent à jamais. Quelques jours plus tard, des habitants de La Chapelue retrouvèrent dans le Guil la clarine que le bélier portait attachée autour du cou. Les habitants de la Chalp d'Arvieux voulurent un jour creuser un canal qui aurait permis de détourner les eaux du lac vers leurs prairies. Les eaux du lac montèrent subitement et dévastèrent leurs terres. D'après ces légendes, le lac serait plein de charmes et de sortilèges.
Le Pic de Rochebrune (3324 m)
Du lac, on peut se rendre au Pic de Rochebrune, le sommet le plus élevé du Queyras. Au pied de ce pic, s'étend une vaste zone d'éboulis, la Casse des Clausins. Du sommet, on a un admirable point de vue sur la chaîne des Alpes, comme du Bric Froid ou du Bric Bouchet. Du vallon de Souliers, au-delà du lac, on peut accéder au vallon de Péas, situé plus à l'est. Il faut franchir la Crête de Rasis, traverser le Grand Vallon de Péas, et par le col de Péas (2629 m), on peut atteindre la vallée de la Cerveyrette, le hameau des Fonts, dans le Briançonnais.
Les Meyriès
On emprunte la route carrossable qui part du Coulet de Château-Queyras. Les Meyriès sont à 3 kilomètres de ce village et à une altitude de 1680 m. Dans les Alpes, on donne le nom de « meyriès » aux chalets habités en été (de « meirar », en latin « migrare »). A l'origine, les Meyriès ont dû être des chalets d'alpage, avant d'être habités à l'année. Il y a aux Meyriès deux chapelles, Saint-Jacques et Saint-Philippe. Avant d'émigrer à Aix-en-Provence à la fin du XVIe siècle, la famille d'Adolphe Thiers, historien et homme politique du XIXe siècle, habitait, semble-t-il, les Meyriès. En effet, Thiers se présentait volontiers comme un descendant de « gavots » (nom donné aux habitants des Hautes-Alpes) ou de « haut-alpins du Queyras ».
Des Meyriès, on peut atteindre le vallon de Péas par un sentier qui passe au col de la Brèche, ou encore, au hameau de Chalvet (I879 m), situé plus à l'est, en suivant le chemin parallèle à la vallée du Guil.
Le Rouet
En continuant la route de Château-Queyras, on arrive au hameau du Rouet (1790 m), à 1,5 km des Meyriès, où se trouve une chapelle intéressante, dédiée à un saint, très rare en France mais très populaire en Italie, Saint-Charles-Borromée, évêque de la Contre-Réforme catholique, ce que l’on explique ainsi : les bergers du Rouet avaient pris l'habitude de conduire leurs troupeaux en hiver dans les plaines du Piémont et de Lombardie (les géographes appellent cela la transhumance inverse). C'est dans le mur d'un hangar du Rouet que l'on peut lire une des plus vieilles inscriptions du Queyras : PD, 1541.
Au-delà du Rouet, un chemin conduit au vallon de Péas, où, dans les années 1930, on exploitait une mine d'amiante. Le chemin a été élargi pour que les camions y accèdent. La société L'Amiante de France a abandonné l'exploitation en 1936. Après la bergerie de Péas, le sentier traverse le torrent et conduit au Grand Vallon de Péas, puis au col de Péas, d'où l'on peut redescendre vers la vallée de la Cerveyrette, dans le Briançonnais.
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