lundi 5 décembre 2011

Tourisme (Dictionnaire historique et culturel du Queyras)

Si l’on se fonde sur les seuls chiffres, il est évident que le tourisme a sauvé le Queyras de la crise agricole, de l’exode rural, de la misère et de la dépopulation. En 1938, Pierre Isnel, dans l’introduction au Queyras, pensait que seuls le maintien de l’activité agro-pastorale et la fidélité des Queyrassins à leur identité fondée sur cette activité permettraient de sauver les hautes vallées. Trente ans plus tard, dans les années 1960, le général Guillaume défendait la thèse opposée et jugeait que seul le tourisme sauverait le Queyras.

Le tourisme n’est pas une activité nouvelle. Dans le Queyras, est apparue une activité touristique dès le XIXe s. Visitaient les hautes vallées (les séjours alors étaient courts) des lords anglais, des alpinistes désireux de gravir le Mont Viso, des citadins, des bourgeois avides de pittoresque qui excursionnaient à la journée, des émigrés enrichis revenus au pays, des amateurs de chasse au chamois. Les premiers équipements ont été fondés au début de ce siècle : ainsi, le fameux Grand Hôtel d'Abriès, détruit au cours de la deuxième guerre mondiale et qui appartenait à une société de commandite par actions, déjà propriétaire de Grands Hôtels dans des stations balnéaires en vogue alors.

Au début des années 1960, le tournant du tourisme de masse a été pris. L'hiver, on pratique le ski : ski alpin, ski nordique, ski de randonnée ; un télésiège a été construit à Abriès en 1962 ; les premières écoles de ski ont été ouvertes ; des moniteurs ont été formés. L'été, les touristes se consacrent à la randonnée pédestre : des sentiers - les fameux « GR » : dans le Queyras, les GR 5 et 58 - ont été balisés, des gîtes d’étape, créés.

En quelques années, l’effort d’équipement a porté ses fruits. On a construit des hôtels ; des gîtes ; des centres de vacances ; on a aménagé dans les grandes fermes des appartements destinés à la location ; on a établi des terrains de camping. Il y a trente ans, le Queyras était sous-équipé : il ne l’est plus ; on peut y héberger d’une année sur l’autre de plus en plus de touristes. La brochure 1998 Queyras terre d’émotions éditée par l’Office de Promotion du Queyras et bénéficiant du label Parc Naturel Régional recense toutes les possibilités d’hébergement : à Abriès et Ristolas, 150 appartements ou chalets en location meublée, 15 hôtels ou gîtes ou centre de vacances, 3 campings ; à Aiguilles, 100 appartements ou chalets en location meublée, 7 hôtels, gîtes, centre de vacances, 1 camping ; à Arvieux : 138 appartements ou chalets en location meublée, 16 hôtels, gîtes, centre de vacances, 2 campings ; à Ceillac : 219 appartements ou chalets en location meublée, 10 hôtels, gîtes, centres de vacances, 2 campings ; à Château-Ville-Vieille : 30 appartements ou chalets en location meublée, 6 hôtels ou gîtes, 1 camping ; à Molines : 206 appartements ou chalets en location meublée, 16 hôtels, gîtes, centre de vacances, 2 campings ; à Saint-Véran : 111 appartements ou chalets en location meublée, 14 hôtels, gîtes, centre de vacances.

Des problèmes subsistent. La haute saison est courte et ne dure pas plus de quatre mois : deux mois en hiver, deux mois en été. L'isolement du Queyras et l’absence de liaisons routières et ferroviaires rapides (autoroutes, TGV) avec Paris, Lyon, Marseille ou l’Italie très proche sont considérés comme un frein au développement du tourisme de masse, lequel, de plus, a été entravé par un nombre insuffisant de lits ou par des équipements qui ne correspondent pas toujours aux normes imposées par les agences de voyage. L’enneigement est parfois aléatoire à cause de la pluviométrie irrégulière ; les pistes ont été tracées sur des versants exposés au Sud, à une époque (les années 1960) où l'enneigement était excellent. Les équipements sont anciens et ne sont pas toujours adaptés au développement du ski de masse, de sorte que la concurrence des « usines à skieurs », d'accès plus facile, telles Vars, Risoul, Serre-Chevalier, Mont-Genèvre, prive les stations du Queyras d’une fréquentation plus importante.

Les promoteurs et les grands voyagistes, sauf Léo-Lagrange, se désintéressent du Queyras, dont la clientèle familiale, fidèle certes, ne se renouvelle guère et qui s’est lancé dans les années 1960 vers le tourisme social. Des collectivités publiques (communes ou institutions sociales) ont aménagé dans de grandes fermes des maisons ou des centres ou des colonies de vacances. Le développement du tourisme est lié au niveau de vie des Français et des Européens. Or, des secteurs importants de notre économie sont touchés par la crise, ce qui incite nos compatriotes à réduire les dépenses qu’ils consacrent aux vacances et aux loisirs.

Depuis une dizaine d’années, le Parc Naturel Régional cherche à développer un autre tourisme, qui ne serait plus un tourisme de masse, mais de qualité et fondé sur la découverte de la nature. Cela implique que soient mis en valeur et préservés la faune et la flore d’une part, les sites où vit la faune et où pousse la flore, souvent très beaux d’autre part, seuls capables d’attirer de nouveaux touristes, appartenant à des classes sociales aisées : cadres supérieurs vivant dans les grandes villes, et surtout de les attirer dans le Queyras en dehors des quatre mois de haute saison. La création de la maison de l’artisanat, établie à Ville-Vieille, au carrefour des trois vallées du Guil, de l’Aigue Blanche (Molines et Saint-Véran) et d’Arvieux, et où sont exposés les travaux des artisans traditionnels (meubles sculptés) et des « nouveaux » artisans (métiers d’art, peintres, sculpteurs) s’inscrit en partie dans la logique du développement d’un nouveau type de tourisme.

Le développement du tourisme a des conséquences sur la vie des Queyrassins, en suscitant de nouveaux besoins culturels dans la population et de nouveaux loisirs, tels que l’expression artistique : peinture, musique, danse, lesquels, de ce point de vue, constituent une rupture avec les modes de vie traditionnels. Le Queyras ne vit plus en autarcie ; la culture des Queyras n’est plus faite seulement de contes, de légendes, de traditions ancestrales, mais d’activités nouvelles. L’ancienne identité peu à peu disparaît.

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