jeudi 26 janvier 2012

Tourisme social (Dictionnaire historique et culturel du Queyras)

L'exemple de Val Pré Vert, institution spécialisée dans les soins aux enfants asthmatiques, obèses ou diabétiques, illustre l'évolution que le Queyras a connue entre 1930 et 1950. Cette institution s'est établie à Abriès à l'emplacement de l'ancien Grand Hôtel, un hôtel de luxe (les photos de l'époque attestent la qualité de l'architecture et le confort des chambres), qui, pendant un demi siècle, a accueilli une clientèle fortunée, mais qui a été détruit en 1944, lorsque l'Adret d'Abriès a été incendié par des commandos allemands. Autrement dit, le tourisme de luxe a disparu et a été remplacé par des formes nouvelles de tourisme.

Après les destructions consécutives à la guerre et celles qui ont été causées par les inondations dramatiques de 1957, le tourisme social s'est développé dans le Queyras. Des villes de la banlieue parisienne, Saint-Ouen, Tremblay, l'Ile Saint Denis ont acheté de vastes fermes qu'elles ont fait transformer en « maisons de vacances ». Des organismes à vocation sociale ont fait de même : la Caisse d'Allocations familiales de Rouen, l'ACVL, Léo-Lagrange (qui a racheté et aménagé l'ancien Grand Hôtel d'Aiguilles vandalisé en 1944-45), etc. ont ouvert des centres de vacances. Des maisons familiales ont été créées soit par des organismes sociaux ou religieux, soit catholiques, soit protestants, ou par des institutions qui se consacrent à l'éducation des enfants ou des adolescents « en difficulté » ou à celle d'enfants handicapés, etc. Des gîtes ruraux ont été construits. Y ont été organisés des colonies de vacances, des classes de neige, des classes nature, des classes de découverte de la montagne, des séjours à l'intention de familles peu argentées, ce qui a amené une clientèle importante dans les stations villages. Ainsi, la commune de Ristolas peut accueillir 500 enfants en permanence dans quatre centres et la Maison de l'Ile Saint-Denis sise à Abriès a proposé jusqu'en 2004 aux habitants de cette commune de Seine Saint-Denis de 7000 à 7500 journées vacances par an.

Pourquoi dans les années 1950-1960 ce tourisme social s’est-il développé dans le Queyras ? Les raisons en sont diverses. Il y avait dans les villages un parc immobilier vacant (dans le Haut-Guil, les immenses maisons de la reconstruction) et peu cher. La France connaissait une période d'expansion économique qui a duré plus de trente ans, les villes de la région parisienne étaient alors prospères. L'époque était au développement social : il fallait que les moins argentés des Français partent en vacances et des organismes se sont consacrés à la réalisation de cet objectif.

Le Queyras en a retiré beaucoup d'avantages. Des emplois permanents ou saisonniers ont été créés. La population a cessé de diminuer et a même crû. Des travaux de rénovation ou d'entretien ont été engagés. Les recettes fiscales des communes ont augmenté. Le Queyras a été mieux connu. Des enfants qui y sont venus y reviennent plus tard, devenus adultes, soit en touristes, soit pour s'y installer. Pourtant, depuis une vingtaine d'années, ces avantages ne suffisent plus à assurer durablement le développement économique de la vallée, soit parce que la crise des années 1970-1980 a appauvri les villes de la banlieue parisienne, soit parce que les organismes sociaux ont d'autres priorités et manquent de fonds, soit parce que le tourisme social attire une clientèle au pouvoir d'achat réduit qui ne dépense pas ses quelques économies dans les restaurants ou les boutiques de vêtements, d'articles de sports, de cadeaux, d'artisanat local, qui se sont multipliés dans les villages. C'est pourquoi il ne s'ouvre plus dans le Queyras de nouveaux centres de vacances à vocation sociale et que la promotion touristique se fait désormais en direction des citadins aisés des grandes villes d'Europe.

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