samedi 25 août 2012

Vallées italiennes

Vallées italiennes (Val Pellice, Germanasque, haute vallée Varaita) Si l'on étudie les relations que le Queyras a entretenues ou entretient avec les vallées italiennes proches, il convient de distinguer la situation actuelle de la situation passée, disons avant le début du XIXe siècle et de garder présent à l'esprit que trois vallées, aujourd'hui italiennes, à savoir celles d'Oulx (Doria Riparia), de Pragelato (Val Chiusone), de Casteldelphino (Val Varaita), ont fait partie jusqu'à la signature du traité d'Utrecht en 1713 de le même entité administrative que le Queyras et le Briançonnais (le Grand Escarton) et qu'elles étaient intégrées au Dauphiné et à la France, comme l'attestent les nombreux toponymes (Sestrières, Château-Dauphin, Bellin, Exilles, etc.) ou les patronymes français que l'on rencontre aujourd'hui encore dans ces vallées. Alors le Queyras avait des frontières internationales au niveau d'Abriès et de Ristolas avec deux vallées, Val Germanasca et Val Pellice, où vivaient des Vaudois et qui ont fait partie jusqu'à l'unité italienne du Royaume de Savoie, longtemps en guerre, surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles, contre la France. Aujourd'hui, quatre communes du Queyras, Abriès, Ristolas, Molines, Saint-Véran ont avec l'Italie une frontière commune qui est signalée par des bornes. Sur le territoire d'Abriès : borne 40, col des Thures; 41, col de la Mayt; 42, col Saint-Martin; 43, col de Bouchet; 44 col Malaure; 45, col d'Urine. Sur le territoire de Ristolas : 46, col la Croix; 47 col de la Traversette. Sur le territoire de Molines, 48 col Agnel. Sur le territoire de Saint-Véran : 49, col de Saint-Véran. Le plus grand nombre de passages répertoriés (6 sur 10) se trouve sur le territoire d'Abriès, commune qui, de fait, dans l'histoire du Queyras a entretenu les relations les plus anciennes et des relations plus étroites et plus suivies que les autres avec le Piémont proche. Paradoxalement, en dépit de la proximité et de la facilité d'accès de certains cols (La Croix ou Saint-Martin), les relations, de quelque nature qu'elles aient été, entre les villages du Queyras et les vallées piémontaises proches se sont affaiblies pendant tout le XIXe siècle et ont quasiment cessé dans les années 1960. Essayons d'expliquer cela. Les relations sont anciennes, et pas seulement pour des raisons de proximité géographique ni de facilité d'accès. Il existe des raisons politiques, rappelées ci-dessus. Des raisons d'ordre religieux expliquent aussi l'ancienneté des relations entre le Queyras et le Piémont. A l'est d'Abriès et de Ristolas, se trouvent deux vallées, dites « vaudoises », qui n'ont jamais fait partie du Grand Escarton et qui longtemps dépendu de l'ancien Royaume de Savoie, et où des "hérétiques" vaudois, chassés du Luberon ou du Dauphiné, se sont réfugiés au début du XVIe siècle et d'où ils ont peut-être aidé à répandre le protestantisme dans le Queyras. Ce sont le Val Germanasque et le Val Pellice. Il existe aussi des facteurs économiques. A la fin du XVe siècle, le marquis de Saluces, pour importer du sel de Provence quelle que soit la saison, n'a pas hésité à faire creuser un tunnel sous le col de la Traversette, permettant de franchir la frontière même en hiver. On sait aussi que les bas fourneaux établis au XIVe siècle dans la forêt de la Fusine sur le territoire de Château-Queyras étaient alimentés en minerai de fer importé du Val Varaita par le col Agnel. Au XIIIe siècle, le Dauphin a créé à Abriès une foire internationale pour éviter que les Queyrassins n'aillent vendre leurs produits à Luserna et pour attirer dans le Queyras des marchands piémontais payant des taxes. Comme le commerce transfrontalier était prospère à Abriès, les autorités de la ville édifièrent à la fin du XVIe siècle une halle couverte, où se faisaient en toute saison des transactions et dont il reste des arcades. On doit aussi tenir compte de la complémentarité existant entre Abriès et Ristolas d'une part et d'autre part les vallées, dites vaudoises, proches des villes de la plaine du Pô, dont les habitants étaient demandeurs d'agneaux, ce qui explique, entre autres facteurs, l'existence d'une transhumance inverse entre le Queyras et le Piémont, les éleveurs queyrassins quittant leur village à l'automne avec leurs troupeaux pour les plaines piémontaises où ils trouvaient des pâturages et des marchés. Enfin, il ne faut pas sous-estimer les raisons culturelles. Les barrières linguistiques alors n'existaient pas. De part et d'autre de la frontière actuelle, les gens parlaient non pas la même langue, mais des dialectes (patois queyrassin, patois piémontais) proches l'un de l'autre et qui n'empêchaient pas les gens de se comprendre. Pourquoi ces relations jadis fortes et qui ont fait la prospérité relative de Ristolas et Abriès se sont-elles affaiblies ? Les raisons en sont politiques d'abord. Le Grand Escarton a pris fin en 1713 et surtout, en Italie, dans la seconde moitié du XIXe siècle, s'est constitué un Etat moderne, en même temps qu'a été construite dans la vallée du Guil une route carrossable qui a facilité les relations entre le Queyras et la vallée de la Durance, où passe une ligne de chemin de fer reliant Briançon à Marseille, Lyon et Paris. Des droits de douane élevés ont été imposés sur les marchandises, ce qui a alimenté, jusqu'à la création de l'Union européenne, une contrebande vivace, mais pas très fructueuse, permettant aux habitants d'échanger de part et d'autre de la frontière du bétail, du sel, du riz, de la ficelle, du tabac avec quelques bénéfices. Au XXe siècle, les seules vraies relations ont été nourries par la très forte immigration italienne, qui a été saisonnière (faucheurs et servantes de mai à octobre) ou définitive, après la première guerre mondiale (maçons, artisans, ouvriers agricoles). Depuis quelques années, les élus tentent de régénérer ces relations soit en jumelant des communes, par exemple Château-Queyras et Exilles, qui ont l'une et l'autre deux forts construits, agrandis ou modifiés par les ingénieurs militaires de Vauban, soit en créant des associations (l'Association des Pays du Viso), soit en reliant les réseaux de sentiers de grande randonnée, soit en faisant construire la route du Col Agnel (beaucoup espèrent qu'elle sera suivie de celle du Col la Croix), et pour ce qui est des Français, en multipliant les campagnes de promotion touristique en direction des villes de la vallée du Pô toute proche, qui est l'une des plus prospères d'Europe. Pour toute une série de raisons, ces relations restent atones. D'Italie, il est difficile d'accéder dans le Queyras, sauf en été. Deux siècles de centralisation ont définitivement ancré le Queyras à la vallée de la Durance et à la région PACA. La langue est devenue une barrière. Le patois commun aux villages des deux côtés de la frontière n’est plus guère en usage. Les communes du Queyras l'ont compris, qui organisent des cours d'italien à l'intention des habitants. Certes, le français a été largement diffusé en Italie (il a même été la seule langue étrangère enseignée dans les lycées classiques jusqu'au début des années 1970), mais il n'est surtout parlé par les Italiens de plus de 50 ans qui ont fait des études secondaires classiques.

1 commentaire:

Cyrille Rochas a dit…

Bonjour,
En ce qui concerne l'ex Escarton d'Oulx (Haute Vallée de Suse) la langue officielle de l'administration est restée le français jusqu'à l'unité italienne. La langue parlée était soit le français soit l'occitan ou le franco-provençal (ligne de partage dans la Vallée de Suse). Je ne suis pas linguiste mais ce "parler" a toujours été considéré comme une langue bien que les italiens le nomment "patois ou patoua". L'italien ne s'est vraiment imposé que pendant la période fasciste car il était interdit de parler l'occitan ou le franco-provençal à l'école, de même pour les curés qui avaient l'interdiction de prêcher en occitan!
Cyrille:
http://escarton-oulx.eu